Il faut un débat en Belgique sur le nouveau concept stratégique de l’Otan
On peut légitimement se demander quelle position défendra le gouvernement belge durant le prochain Sommet de l’Otan. Pourtant, cette réunion n’est pas anodine. Il s’agit d’adopter un nouveau concept stratégique, un tournant dans l’histoire de l’Alliance atlantique.
Malgré cela, ce n’est qu’à la veille de l’ouverture du Sommet que le Parlement a obtenu de pouvoir en discuter avec le gouvernement.
Depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan se cherche un nouveau rôle. D’alliance défensive qu’elle était, elle est devenue progressivement un outil bien plus interventionniste. Faisant fi de son traité fondateur, elle n’hésite plus à intervenir en dehors de son territoire. Depuis le terrorisme jusqu’aux changements climatiques, en passant par la pression démographique, la sécurité des approvisionnements ou les tensions ethniques, la liste des menaces qui légitiment à ses yeux ses interventions s’étend à l’infini.
Ces menaces et ces stratégies sont définies dans des concepts stratégiques. Le dernier d’entre eux, adopté en 1999, commençait à dater. L’intervention de l’Otan au Kosovo, les attentats du 11 septembre, l’élargissement du nombre de membres, la guerre d’Afghanistan et la profonde modification des rapports géopolitiques ont changé les données du problème. Les Etats membres ont ressenti le besoin d’adopter un nouveau concept stratégique. C’est l’objectif du Sommet de Lisbonne qui se tiendra ces 19 et 20 novembre.
Il semblerait que l’Otan ambitionne de se doter d’« une organisation plus légère, réactive sur le plan décisionnel, plus efficace et efficiente ». Cette réforme passerait notamment, selon Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’Otan, par l’institutionnalisation d’un financement commun.
Cette disposition pourrait amener les Etats à voir le contrôle d’une partie de leurs budgets militaires leur échapper.
L’Otan devrait également renforcer sa capacité à intervenir en dehors de son territoire. D’exceptionnelle à partir de 1999, cette capacité deviendrait la règle. L’Otan pourrait ainsi s’arroger le droit d’intervenir aux quatre coins du globe et s’attribuer le rôle de gendarme au service de ceux qui la commanditent.
Constatant très justement que les solutions militaires ne sont pas la panacée pour assurer leur sécurité, les Etats membres envisagent également de doter l’Otan de capacités civiles, notamment de reconstruction. D’autres organisations, l’Union européenne par exemple, disposent pourtant d’une expertise reconnue dans ce domaine. Quel sens trouve-t-on dès lors à dédoubler les capacités à l’heure où les finances de nos pays sont au plus bas ?
Acteur déterminant dans la course aux armements à laquelle on assiste aujourd’hui, l’Alliance envisage de lancer la construction d’un bouclier antimissile, un dispositif qui ne pourra jamais être totalement imperméable ni empêcher le dégagement de radiations par les missiles interceptés. Cette nouvelle chimère coûterait entre 200 et 800 millions d’euros, d’après M. Rasmussen. Pourtant, les seuls budgets de recherche ont déjà dépassé les centaines de milliards de dollars. En dépit du bon sens, certains Etats, comme la Belgique, soutiennent ce projet, persuadés qu’ils sont qu’un tel bouclier les dispenserait d’armes nucléaires sur leur sol.
Toutes ces questions méritent un débat en Belgique. Elles vont engager notre pays sur des questions aussi fondamentales que la guerre, la paix, l’ordre mondial pour les années à venir. La note préparatoire du Sommet est déjà prête mais le gouvernement refuse d’en discuter la teneur avec les parlementaires. Que notre gouvernement soit en affaires courantes n’excuse rien ; elles devraient au contraire l’engager à établir avec les représentants du peuple légitimement élus une position cohérente et qui satisfasse chacun.
Maintenant, l’espoir de voir un véritable débat démocratique et transparent sur ces enjeux cruciaux étant déçu, il ne nous reste plus qu’à espérer que notre gouvernement défendra à Lisbonne une position équilibrée qui n’engage pas la Belgique de façon inconsidérée et qui prenne en compte la tradition pacifiste de sa population. Maigre espérance !
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