La date est arrivée. Le 14 février, les constructeurs des avions de guerre F35 (Lockheed Martin, Etats-unis) et Typhoon (Europfighter, consortium européen) ont remis leur « Best and final offer » auprès du gouvernement pour tenter de décrocher le contrat de remplacement des F16 de l’armée belge. Plusieurs surprises nous attendent.

Un marché manifestement truqué

La première d’entre elles sera de voir si le gouvernement aura réussi à se mettre d’accord sur la prolongation des discussions avec le gouvernement français qui a proposé, en échange de l’achat d’avions rafale (Dassault), un partenariat stratégique et industriel avec la Belgique. Vu les déclarations contradictoires entre le Premier ministre et le Ministre de la « Défense », le gouvernement bottera probablement en touche encore quelques semaines. En tout cas, voilà manifestement un grain de sable dans le rouage d’une procédure manifestement pipée au profit du F35.

Au début du processus, en effet, cinq avions étaient dans la course. Quelques semaines après la publication de l’appel d’offre, l’avionneur Boeing (USA) jetait l’éponge, regrettant de ne pouvoir concourir « avec des règles du jeu véritablement équitables ». Ensuite, ce sera au tour de Saab d’abandonner la course à cause des restrictions de la « politique étrangère » imposées par la Suède. Il y a quelques mois, Dassault et le gouvernement français ont carrément, eux, décidés d’outrepasser les règles du jeu fixées par le gouvernement belge.

Quelles sont donc ces « règles du jeu » « inéquitables » ou même « contraire à la politique étrangère » d’un pays européen ? Il y en a au moins une, dont le débat public n’est malheureusement pas permis en Belgique : seul le F35 peut permettre à l’armée belge de continuer à transporter les bombes nucléaires stationnées à Kleine Brogel. Bombes nucléaires qui doivent d’ailleurs être « modernisées » d’ici à 2020. Demain. C’est donc aujourd’hui que le gouvernement peut nous dire s’il veut réellement travailler à un monde débarrassé de l’arme atomique.

Ceci dit, avant qu’elle ne fasse défection, l’entreprise Boeing aurait pu elle aussi prétendre à doter ses avions de la capacité nucléaire américaine. Il existe donc d’autres règles « inéquitables » qui poussent les uns et les autres à abandonner la course. Quelles sont-elles ? Les idées pleuvent, mais aucune certitude. Les discussions se déroulent entre rares initiés. Même les questions politiques de fond sur l’avenir de l’armée belge qu’engage un tel contrat (et tous les autres que le très belgicain ministre de la « défense » accumulent ces dernières semaines : avions ravitailleurs, drones, véhicules blindés et bientôt navires et chasseurs de mine) ont été éludées. Pourtant, la seule défection de trois concurrents sur cinq doit commander un abandon de ce marché manifestement biaisé. Rappelons-le, le gouvernement a budgété ce contrat du siècle un peu moins de 3,6 milliards d’euros. 575€ par contribuable belge.

Combien, en fait ?

Le site spécialisé defense-aerospace.com publiait le 22 janvier dernier, le montant que le département d’État américain allait proposer à la Belgique dans son « final and best offer » pour le F35. 5,4 milliards d’euros ! Auquel il faudrait ajouter 1,2 milliard d’euros de frais de fonctionnement lors des premières années.

Du coup, que fera le gouvernement ? Acheter beaucoup moins ? Payer beaucoup plus ? Quoi qu’il en soit de la décision, les raisons qui ont poussé le gouvernement à fixer un tel budget de départ reste un mystère. D’autant qu’il s’avère quoi qu’il arrive insuffisant. Une raison supplémentaire pour toute reprendre à zéro et, pourquoi pas, abandonner la volonté de remplacer les F16 de l’armée belge.

Pas d’avions de chasse

A-t-on réellement fait le bilan de l’action des avions F16 dans le monde ? En toute honnêteté ? Ce que l’on observe dans les endroits où ils sont utilisés méritent-ils, presque sans autre forme de débat, qu’on décide de prolonger cette même politique les 40 prochaines années ? Pour l’armée belge et nombre de représentants politiques, cet investissement est nécessaire pour que la Belgique puisse continuer à être entendue sur la scène internationale. « Être entendu » n’est pourtant pas une fin en soi. Et certainement pas à ce prix-là.

Soyons tout de même positifs, et prenons-nous à rêver. Le gouvernement fédéral, chantre de la rigueur budgétaire et de l’austérité dans les dépenses publiques, s’autorise un investissement de 3,6 milliards d’euros au minimum (plus de 7,5 milliards d’euros d’investissements militaires doivent être contractés par le gouvernement d’ici à la fin de la législature). Plutôt que de compter les promesses de compensations économiques sur les doigts de nos mains, l’on se met à imaginer ce que la Belgique pourrait faire de réellement constructif et constructeur avec ces moyens. Autre chose en tout cas que de prolonger l’action nocive ou destructrice des avions F16 dans le monde.

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet est chargé d’animation à la CNAPD.

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