Parler de la domination sécuritaire, ça me parait particulièrement pertinent et surtout en ce moment, pas juste dans un contexte global mais plus précisément en Belgique, parce depuis quelques années nous avons des gouvernements qui sont de droite, voir d’extrême droite avec des gens comme Peter De Crem au Ministère de la défense et ensuite maintenant avec Van de Putte Ministre NVA. Il y une espèce de tournant sécuritaire international au niveau de la défense nationale. La Belgique a envoyé des chasseurs bombardiers en Syrie, en Irak, elle a également envoyé des chasseurs F-16 patrouiller en Baltique avec comme objectif de contrôler la Russie ou en tout cas de protéger les Etat Baltiques. C’est ce que le gouvernement a dit contre une éventuelle velléité d’invasion de la part de la Russie. On a envoyé des formateurs militaires en Irak, au Mali également, on veut acheter des nouveaux chasseurs bombardiers, on est sur le point de dépenser plus d’un milliard d’Euros pour des véhicules blindés terrestres, on est en train de penser à dépenser de l’argent pour des nouveaux navires pour la marine également. Le gouvernement belge a refusé de signer le nouveau traité interdisant les armes nucléaires, le gouvernement belge a décidé de s’aligner sur l’OTAN. Et je pense que tout ça symbolise un tournant sécuritaire ou en tout cas une vision assez décomplexée des questions de la sécurité.

Ce n’est pas complètement nouveau, la Belgique a participé plus anciennement à des opérations problématiques sur le plan du droit international du genre le Kosovo en 1999, mais là je pense que nous sommes depuis quelques années dans quelque chose de très assertif en matière de sécurité.

Alors quand vous m’avez proposé le sujet de la domination sécuritaire, j’avais été pris un peu par surprise, une bonne surprise en tout cas. Je ne savais pas comment prendre cette thématique au départ, est ce que je fais un tour du monde géopolitique ou est ce que je présente quelques ouvrages d’auteurs de relation internationale qui ont traité la question de cette domination. Je voulais éviter quelque chose de très scolaire et donc je vais vous proposer quelque chose d’un peu différent. Pendant les vacances j’ai lu le bouquin d’un historien qui se dit « néo-marxiste » ou de gauche – voir très à gauche – qui s’appelle Enzo Traverso et il a écrit un bouquin entre autres qui s’appelle « Mélancolie de gauche », cet ouvrage qui a été publié en 2016 aux Editions « la Découverte ». C’est un ensemble de chapitre qui était éparpillé et qui ont été remis ensemble pour ne faire qu’un seul ouvrage et Enzo Traverso c’est un auteur historien de gauche qui s’est beaucoup intéressé à la question du Nazisme et à l’histoire de la gauche et dans ce bouquin « Mélancolie de gauche » il dit que nous avons un problème, je pense qu’il exagère un petit peu, nous les gens de gauche (Marxiste/néo-Marxiste, Progressiste ou ceux qui ont une vision progressiste d’une manière générale) parce que nous trouvons une partie de notre projet intellectuel dans les travaux de Marx et Marx en fait il écrit une praxis, donc il pense en terme d’action, il écrit une philosophie de l’histoire (c’est un peu paradoxale il s’intéresse à l’histoire, pas ce qu’il s’est passé mais ce qui va se passer).  Et il dit que le gens de gauche, nous avons un problème c’est que nous avons trop peu pensé au passé et à raconter le passé.

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Ce qui fait que si nous les gens de gauche nous ne racontons pas le passé, c’est que le passé va être écrit par des gens de droite ou par des conservateurs et ce sont eux qui vont quand ils vont nous parler du passé. Ils vont dire que les révolutions étaient vouées à l’échec, que la Commune de Paris était un échec, ils vont dire que la Révolution française était promue aussi à un échec et donc ils vont nous imposer une certaine vision du monde et en fait ils vont affaiblir la vision de gauche en disant que nous n’avons rien sur quoi nous appuyer dans le passé. Donc je pensais que c’était intéressant de transposer ce questionnement dans le champ de la sécurité et poser la question, « est ce qu’il y a un régime d’historicité, une façon particulière de raconter les questions de sécurité et le passé des questions de sécurité ? ». « Est-ce qu’il y a donc un régime d’historicité sécuritaire qui serait construit essentiellement par des forces conservatrices (des gens de droite et d’extrême droite) et qui d’une certaine manière nous couperait l’herbe sous le pied à nous les gens de gauche, les progressistes, qui rendrait difficile une proposition de gauche parce que les gens conservateurs sont ceux qui s’exprime le plus, ceux qui produisent les discours les plus dominants à la fois des hommes politiques ou bien même dans les médias. Et donc voila ce que je vais vous proposer, c’est d’aborder cette question dans le cadre belge mais pas stricto-sensu belge de l’existence d’un régime d’historicité sur les questions sécuritaires. Un régime qui serait bâti essentiellement par des gens conservateurs et de droite et un régime d’historicité qui repose ou qui s’articule sur six composantes :

  • Une vision « honorable » des colonies ;

  •  La 1er Guerre mondiale, c’est triste et dramatique mais pas plus sur le plan politique ;

  • La 2ème Guerre mondiale c’est une guerre « juste » ;

  • La guerre froide, c’est la dissuasion nucléaire comme un élément de stabilité ;

  • L’Union Soviétique/ la Russie est une menace, est un danger ;

  • L’épisode rwandais c’est une fatalité.

 

  • Une vision honorable des colonies :

Vous avez selon moi un régime d’historicité, une façon de dire ici en Belgique, que l’entreprise coloniale ou les colonies sont honorables. On trouve d’ailleurs une source il n’y a pas si longtemps, dans une tribune du le vif l’express qui explique : Oui le Congo c’est quelque chose d’honorable, la mission civilisatrice, les écoles, ce genres de choses, … Je pense que cette vision n’est pas une vision confinée a quelques illuminés, je pense qu’il y a des gens qui considèrent en effet que c’était plus stable à cette époque au Congo, Rwanda, Burundi, … Je pense qu’il y a plusieurs enjeux, des enjeux qui sont d’abord strictement éthiques autour de cette question-là, et personnellement je trouve ça problématique sur le plan éthique mais je ne vais pas aborder cette question-là. Il y a des enjeux strictement politiques ceux-là aussi je ne vais pas les développer mais je pense que les principaux enjeux de sécurité, c’est aussi la question de l’extrême droite, si vous prenez les enjeux du Front National, le terreau qui a permis l’épanouissement du Front National et bien c’est la guerre d’Algérie, c’est le regret et la peine d’une perte de colonie. Jean-Marie Lepen c’est un ancien combattant de la guerre d’Algérie, c’est un type qui a été accusé d’avoir torturé. Et donc les premiers cadres du Front Nationale sont des gens qui viennent des colonies ou qui regrettent les colonies. Donc, il y a des enjeux politiques, il y a des enjeux éthiques mais aussi des enjeux sécuritaires. Pour moi il y a des enjeux sécuritaires de façon contemporaine en Irak, en Afghanistan et au Mali, vous avez des officiers, des forces armées françaises, britanniques, américaines mais aussi belges qui se sont intéressées à une doctrine qui s’appelle la doctrine contre-insurrectionnelle. La doctrine contre-insurrectionnelle c’est quoi ? C’est l’idée que ces guerres peuvent être maniées de manière efficace histoire de contrôler les populations. Où a-t-on fait l’expérience des guerres insurrectionnelles ? Où a-t-on développé cette doctrine là et cette pensée-là ? On l’a développé pour l’armée britanniques en Malaisie, au Kenya, en Irlande du Nord, ce sont des situations de type coloniales ou para-coloniales. Pour l’armée française on a développé ça en Indochine, en Algérie au Cameroun dans les années cinquante et dans les années soixante. A travers cette doctrine nous avons finalement des leçons qui sont tirés par certains militaires et selon eux ces leçons sont strictement techniques, mais je pense que nous ne pouvons pas tirer des leçons techniques de ces conflits. D’une certaine manière, nous banalisons lorsque nous disons : « nous avons fait quelque chose sur le plan militaire, intéressons-nous à ce que nous avons fait là-bas et faisons-le maintenant dans d’autres contextes ». Je pense aussi que c’est vraiment problématique si nous prenons aussi l’exemple d’Ariel Sharon qui, lui-même avait été déployé pendant la guerre d’Algérie, il était officier et il avait été envoyé comme observateurs dans l’état-major français en Algérie. Les leçons qu’il a tiré de la guerre d’Algérie, c’est ceci : la guerre d’Algérie aurait pu être gagnée, il fallait continuer à faire la guerre, l’armée française aurait dû serrer les dents, si les forces armées françaises étaient restées cinq ans ou dix ans en plus, ils auraient fini par gagner la guerre d’Algérie. Les leçons que Sharon tire par rapport à l’armée d’Israël c’est c’est ce qu’Israël applique en Palestine, et en Palestine nous ne la quitterons jamais. Ne faisons pas ce que les Français ont fait en Algérie. De ce point de vue-là, je crois qu’on peut voir quelque chose qui est de l’ordre de, on raconte quelque chose d’une certaine manière l’expérience coloniale, c’est une expérience honorable, on peut en tirer des leçons techniques et ces leçons techniques finissent par légitimer des opérations militaires dans des pays tel que l’Irak, tel qu’en Afghanistan et puis par extension en Palestine. Voilà la première composante du régime d’historicité, une manière de raconter les colonies comme quelque chose d’honorable. Et ça permet d’en tirer des leçons technique

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  • La  Première Guerre Mondiale, c’est triste et dramatique mais pas plus sur le plan politique ;

Cette année nous avons commémoré les 100 ans de la Première Mondiale et je trouve ça frappant que une des personnes ou plutôt une des institutions en Belgique qui soutiennent les commémorations sont les forces armées belges. Je pense qu’il y a une façon de raconter la première mondiale qui est problématique. Cette façon de la raconter dans de nombreux médias et dans les forces armées, c’est ceci : La première guerre mondiale c’est triste, c’est dramatique mais en même temps quand on le commémore de cette manière-là, on replie l’évènement sur lui-même, c’est-à-dire que c’est triste, il faut pleurer ce qu’il s’est passé, mai il faut le pleurer dans le passé. Mais ce qui est passé est définitivement passé. Quand on vous raconte les commémorations de la première guerre mondiale on vous donne l’impression que ça n’a plus aucune actualité. On vous donne l’impression qu’il n’y a pas de leçons à tirer. Et pourtant sur le cas de la première guerre mondiale il y a des tas de leçons à tirer. Des leçons qui sont pour moi très pertinent aujourd’hui. Des leçons entre autre très progressistes. D’abord les types qui étaient dans les tranchées durant cette guerre : c’était des ouvriers. Donc ça pose pas mal de questions en terme socio-économiques. Il y a beaucoup de soldat qui provenaient des colonies qu’on a obligé, qu’on a contraint à aller se battre. Donc là aussi il y aussi des questions en terme de relations Nord-Sud. Il y a le statut des femmes, on a contraint des femmes à aller travailler dans les usines à fabriquer des munitions, certaines sont tombées malades du fait qu’elles travaillaient dans ces usines,… Il y aussi le rôle du nationalisme, c’est quand même quelque chose de pertinent, la première mondiale est une guerre impériale, c’est une guerre de nationalismes donc ça devrait soulever toute une batterie de questions aujourd’hui. On devrait poser la question du parallèle, mais quand la défense nationale et quand les politiques commémorent, en fait ce qu’il nous propose c’est un espèce de spectacle qui nous invite a pleurnicher un petit peu. C’est très triste mais on a pas l’impression qu’on peut se servir de cet événement pour nourrir une cause pacifiste ou une cause antimilitariste. C’est pour moi un évènement qui se replie sur lui-même : ça c’est le passé, c’est ce qu’il c’est passé il y a longtemps. Pleurons ce qu’ils ont souffert, mais nous aujourd’hui c’est complètement différent, il n’y a plus aucune pertinence dans l’évènement.

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  • La seconde Guerre Mondiale est une guerre juste

Pour la seconde guerre mondiale, qui sera la troisième composante de mon régime d’historicité, c’est une guerre  « juste« . C’est « une bonne guerre » comme disent certains historiens. Je ne vais pas contester les horreurs du nazisme et tout ce qui a été fait, mais je pense qu’il y a une analyse qui est vraiment  problématique autour de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque vous entendez la façon dont beaucoup d’hommes politiques et d’officiers parlent de la Seconde Guerre Mondiale, il vous donne l’impression que c’est le problème d’une clique d’individus : c’est Hitler, Goebbels, c’est une demi-douzaine de sale-types qui se sont retrouvés dans un tribunal pour ceux qui ne se sont pas suicidés ou morts avant, qui se sont retrouvés devant le tribunal de Nuremberg, mais c’est le problème de cette clique qui nous a manipulé. On trouve ça aussi dans la culture populaire, regardez par exemple le film « la Chute », un film qui raconte la fin d’Hitler. On se focalise sur ce qu’il se passe dans le Bunker. Ou bien dans d’autres bouquins on se focalise sur « est-ce qu’Hitler prenait de la drogue ? » « Est-ce qu’il avait des problèmes psychologiques, …
Est-ce que tout ça est vraiment utile ? Moi j’ai des doutes, je pense que avant tout si ces gens sont arrivés au pouvoir c’était parce qu’il y avait un contexte, il y a eu une crise économique en 1929, Hitler et sa clique ont été poussé au pouvoir parce qu’ils ont été soutenu par les forces armées allemandes, ou en tout cas de manière tacite. Ils ont été soutenu par la l’élite de la bourgeoisie. Il y a tout un contexte socio-économique. Tout réunir à une dizaine de gens qui auraient manipulés des millions d’Allemands, je trouve ça problématique. Pourtant quand nos militaires et certains hommes politiques tirent des leçons de la seconde guerre mondiale, il transpose cette idée que ce n’est juste qu’une clique, et alors la clique elle n’est plus en Allemagne, ce n’est plus la clique nazie des années trentes, c’est Saddam hussein qui est avec une clique à la tête de l’Irak, c’est Milosevic et sa clique qui est à la tête de la Serbie, C’est Khadaffi avec toute sa clique qui est à la tête de la Libye, C’est Noriega anciennement en 1989 et sa clique à la tête du Panama, et les leçons qu’il y a a tiré c’est qu’il n’y a qu’a décapité. Si on coupe la tête, si on bombarde bien, et bien les choses tourneront mieux. Voilà c’est tout ce qu’il y a a faire finalement.
Ce qui suscite également un autre problème complémentaire en terme progressiste. Mais la façon dont on raconte la seconde guerre mondiale dénote pour moi une forme d’appropriation « occidento-centrée ». C’est typiquement ce qu’on retrouve dans « Il faut sauver le soldat Ryan », il y a eu des Américains qui ont débarqué et qui ont sauvé des vies. Cependant le gros de la guerre était porté par l’Union Soviétique, et il y avait également des gens des colonies qui ont été contraint de se battre. La aussi je trouve qu’il y a un problème entre cet accaparement par un certain Occident de ce que fut cette seconde guerre mondiale. Je pense que la seconde guerre mondiale devrait nous faire poser des questions sur l’organisation économique de la société, sur la colonisation, sur le rôle des dominations.

 

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  • La guerre froide, c’est la dissuasion nucléaire comme un élément de stabilité

La quatrième composante de mon régime d’historicité c’est une composante qui s’appuie sur la guerre froide sur le rôle des bombes nucléaires et sur le rôle de l’Otan de la guerre froide. Lorsque vous entendez certain de nos hommes politiques qui nous dise que l’arme nucléaire nous a permis de vivre en paix pendant cinquante années, et de développer la prospérité de notre Etat et donc autrement dit il est quand même bon de la conserver. Je pense que c’est complétement scyzophrène de tenir ce genre de propos quand d’un côté on nous dit qu’on en a besoin. Oui c’est légitime, oui ça nous a permis de tenir cinquante années de paix. Mais les Nord-Coréens quand eux veulent avoir l’arme nucléaire – Attention je ne suis pas favorable à l’arme nucléaire Nord-Coréenne, je suis contre l’arme nucléaire des Nord-Coréens et je suis contre les bombes nucléaires que l’on a chez nous – mais là le discours politique consiste à dire nous faisons de la dissuasion et eux font de la prolifération. Je pense aussi que dans ce discours il y a un autre problème : l’Iran est un pays qui prolifère, l’Irak est un pays qui prolifère, la Corée du Nord est un pays qui prolifère. Mais quels sont les plus gros proliférant ? C’est d’abord les Etats-Unis, les Etats-Unis ont contribué à développer l’arme nucléaire avec la Grande Bretagne, avec la France aussi. Les Etats-Unis ont aidé Israël a développer l’arme nucléaire. Et Israël a ensuite aidé l’Afrique du Sud, qui maintenant c’est débarrassé de l’arme nucléaire. Les Etats-Unis ont eux aussi contribué au programme nucléaire du Pakistan et au programme nucléaire de l’Inde si ce n’est pas directemment. Il y a eu aussi la Russie et la Chine. Mais les plus gros proliférateurs au niveau international sur les cinquante dernières années ce n’est pas le Pakistan ou la Corée du Nord c’est quand même les Etats-Unis et par ailleurs il y a 3500 ogives nucléaires aux Etats-Unis et il y en a 8 en Corée du Nord. C’est du deux poids, deux mesures. Et puis ce même discours sur la nécessité des armes nucléaires, le fait que ça nous a permis d’obtenir cinquante ans de prospérité et de paix fait l’impasse sur tout un certain nombre d’accidents qui ont eu lieu. Des accidents dans des crises internationales, la crise des missiles de Cuba par exemple. On est quand même très proche d’une utilisation des armes nucléaires. Il y a aussi la pollution qui résulte de l’enrichissement de l’Uranium pour la production de ces armes nucléaire et donc des accidents aussi dans le cadre des essais nucléaires. Tout ça est passé sous silence. Tout ça est une arme propre, c’est une arme de dissuasion.

 

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  • L’Union Soviétique/ la Russie est une menace, est un danger ;

La cinquième composante de mon régime d’historicité, c’est la vision que l’ont peu avoir de l’URSS et ensuite de la Russie en tant qu’État dangereux et donc on se sert de ça ici en Belgique pour justifier le réarmement. Vous avez entendu parler de Frédéric Vansina, le chef d’Etat-major de la force aérienne belge, il tient des discours comme : « regardez les F-16 belges sont déployés dans la Baltique, le retour de la Russie, du danger de la guerre froide,.. » alors il se sert de ça parce que ça fait longtemps qu’il veut qu’on remplace les f-16 belges. Ceci aussi est une narration pour laquelle on ne tient pas compte du contexte global. Les problèmes que l’on a avec la Russie actuellement c’est avec l’extension de l’OTAN. Nos dirigeants avaient promis de ne pas étendre l’OTAN aux portes de la Russie, on l’a fait quand même (et on l’a fait avec des pressions de Lockheed Martin qui demandait absolument a avoir des marché militaires en Pologne en Roumanie et ailleurs). En dehors de la question de l’extension de l’OTAN, il y a eu il y a quelques années de ça le démantèlement d’un accord qui s’appelait l’accord ABM. L’ABM c’était un accord par lequel les Etats-Unis et la Russie disaient qu’ils renonçaient à un bouclier anti-missile. Lorsque George Bush est arrivé au pouvoir il ne voulait plus le conserver. La Russie a réagit en contre partie, mais la Russie tenait à cet accord. En 1999 il y a eu l’intervention contre le Kosovo sans mandat adéquat du conseil de sécurité de l’ONU. Et la Russie était contre. En 2003 il y a eu l’intervention américaine en Irak, une intervention illégale sur le plan du droit international, la Russie était contre. En 2011 il y a eu une intervention en Libye, la Russie n’était pas contre, mais uniquement pour protéger les populations civils et de facto l’OTAN a interprété ça en disant pour pouvoir protéger les civils il faut décapiter le régime de Khadaffi et tout ça est passé sous silence et on nous dit que la Russie est un Etat mauvais. Qu’est ce que dit la Russie pour le moment ? De manière un peu caricaturale, la Russie dit : « Oui on est mauvais, on est intervenu en Ukraine, … Mais vous aussi vous êtes mauvais, et donc elle renvoi tout le monde dos à dos. Je pense que si nous voulons arriver à une situation un peu plus apaisée avec la Russie, la première chose à faire est que nous aussi de notre côté nous devons respecter les traités, respecter le droit international et à partir de ce moment là on saura alors faire pression sur eux, nous respectons donc vous devez aussi respecter vos obligations et les obligations en matière de droit international. Et voilà le régime d’historicité classique veut que les menaces c’est l’Union Soviétique, puis c’est la Russie et on ne regarde pas ce qu’il y a d’autre.

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  • L’épisode rwandais c’est une fatalité.

 

Enfin, la dernière composante c’est ce qui s’est passé au Rwanda dans les années 1970 et la je pense que nous avons un régime d’historicité, une façon de raconter les évènement du Rwanda qui disent : « voila il y a eu un conflit ethnique, c’est extrêmement triste et extrêmement dramatique mais d’une part ce n’est pas vraiment de notre faute, c’est une espèce de fatalité liée à l’existence des ethnies, c’est quelque chose d’ancestrale dans ces pays « là » » – dans les pays africain – éventuellement le régime d’historicité dira que nous devons intervenir dans ces pays pour les aider à résoudre leur problème dans ce type de conflit. Or cette conception raciale est une conception qu’on retrouve en Allemagne, ce sont des groupes fermés. Et puis après la première guerre mondiale la Belgique a repris ces colonies sous mandat de la Société des Nations et les Belges ont poursuivis ce que les Allemands avaient fait. Et finalement je pense que quand on dit qu’il y a des conflits ethniques là-bas on y est pour rien, c’est un petit peu simplifier les choses, souvent nous avons contribué ou participer. Je vous donne un autre exemple, c’est qu’au Proche au Moyen Orient on dit aussi que la guerre en Irak est un conflit de type ethnique entre des sunnites, des chiites et des Kurdes et au Yémen on retrouve la même problématique et quand vous lisez beaucoup de témoignages de journaliste qui sont passés sur place, ce qu’ils nous disent c’est que en effet ce qui a créé cette situation de conflit, c’est l’intervention américaine parce que si on intervient militairement et qu’on dit lorsqu’on intervient que nous avons décapité le régime de Saddam Hussein et le régime de Saddam Hussein on le considère comme un régime sunnite de facto ça veut dire que si vous allez soutenir l’autre communauté et donc vous mettez de l’huile sur le feu, en fait vous activez les représentations communautaires et vous créez de facto les conditions qui mènent à ce conflit là. C’est un problème plus général dans les interventions militaires. Lorsqu’on parle d’intervention nous nous disons que c’est de bonne foi. Nous voulons qu’il y aie la paix dans les pays ou nous intervenons, mais lorsqu’ils interviennent, de facto ils prennent partie pour une communauté ou pour un groupe au détriment d’un autre. Je vous donne un autre exemple, qui est dramatique et anecdotique en même temps, c’est ce qui s’est passé en Afghanistan ou il y avait des militaires américains qui voulaient se débarrasser des Talibans et pour se débarrasser des Talibans, ils avaient besoin de renseignements. Alors qu’ont-ils fait ? Ils ont fait tous les villages Afghans en distribuant des billets en disant « on veut des renseignements sur les Talibans » et les villageois répondaient : « ils sont le villages d’à côté » en fait ils appelaient à la délation, les gens dans le village d’a côté à un moment ils voient un avion arrivé le village est bombardé et ils ne comprennent pas pourquoi. Ils étaient favorables aux américains mais en fait il se sont fait bombarder parce que les gens qui les ont dénoncé dans le village d’à coté avaient un compte à régler avec eux pour un différent de type territoriale, une contestation de longue date, ou d’autre raison.

 

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Jonas Boussifet

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet est chargé d’animation à la CNAPD.

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