Au début du mois d’octobre, les jurés norvégiens du Prix Nobel de la Paix décernaient à l’ICAN (la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires) cette récompense annuelle pour son apport à la lutte contre les armes atomiques. Formée par un collectif international d’ONG, dont la CNAPD, la campagne a largement contribué au Traité international d’interdiction des armes nucléaires, texte négocié par près de 130 pays à travers le monde mais malheureusement boycotté par les 9 Etats détenteurs de l’arme nucléaire mais aussi par des pays, comme la Belgique, n’en possédant pas à proprement parler mais en stockent pour le compte de pays tiers, les Etats-Unis en l’occurrence. Cependant, nous ne pouvons que nous réjouir de cette nouvelle visibilité sur un combat historique de la CNAPD, il s’agit d’un symbole fort qui montre à nouveau la volonté de la majorité des pays du globe d’en finir avec cette menace.

Nous pourrions facilement être qualifiés d’utopistes, nous entendre dire qu’étant donné les nombreuses tensions au niveau international nous ne sommes que de doux rêveurs d’espérer qu’aujourd’hui nous puissions construire un monde sans armes nucléaires. Mais c’est le contraire, c’est justement quand le contexte est défavorable que nous devons clamer haut et fort notre engagement contre l’armement nucléaire. C’est aujourd’hui, quand le risque nous semble élevé, que nous devons particulièrement rappeler nos positions.

Car nous en sommes bien conscients, la menace d’un nouveau conflit nucléaire n’a plus été aussi prégnante depuis bien longtemps et les positions des Etats dotés de l’arme atomique se renforcent chaque jour un peu plus autour de cet étrange paradoxe : certains Etats ne doivent en aucun cas pouvoir développer leur arsenal nucléaire, mais d’autres ne doivent s’en débarrasser sous aucun prétexte.

L’exemple le plus flagrant de cette hypocrisie sont les récentes déclarations de Donald Trump à propos de l’accord iranien sur le nucléaire. Ce dernier estime que cet accord est totalement déséquilibré car il permet à l’Iran de continuer à développer certains éléments de son programme nucléaire. En d’autres termes, ce programme ne serait pas assez contraignant pour l’Iran et les Etats-Unis auraient bradé trop facilement la levée des sanctions économiques sur ce pays. Si nous pouvons saluer la volonté d’éviter qu’un nouvel Etat acquière l’arme nucléaire, la contrepartie offerte par les Etats-Unis et les autres pays signataires (les 4 autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France ainsi que l’Allemagne) ne concerne nullement le programme nucléaire de ces derniers. Pourtant, sur les 6 pays signataires, en dehors de l’Iran, 5 détiennent des armes nucléaires : les Etats-Unis, la France, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni. En d’autres termes, fais ce que je dis mais pas ce que je fais !

Sur ce thème, l’hypocrisie des institutions européennes est peut- être moins flagrante mais tout aussi présente. En effet, suite au décernement du prix Nobel de la Paix à l’ICAN, Frederica Mogherini déclarait dans un tweet : « C’est bien de voir le prix Nobel 2017 à l’ICAN. Nous partageons un solide engagement pour parvenir à l’objectif d’un monde débarrassé des armes nucléaires ». La CNAPD attend toujours de voir ce que fait concrètement l’UE pour avancer vers la dénucléarisation sur son propre territoire…

 

Naïma Regueras

Naïma Regueras

Présidente de la CNAPD

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