Bien qu’il n’ait pas existé dans l’histoire une coalition disposant de moyens militaires et logistiques équivalant à ceux de l’OTAN, les puissances atlantistes n’ont gagné aucunes des guerres asymétriques engagées depuis 15 ans et ont connu des échecs militaires en Irak et en Afghanistan, la Libye est une zone de non-droit, les Balkans sont instables, s’ajoute l’effrayant engrenage syrien et les lieux de conflits ouverts s’étendant sur un arc des Philippines au Nigéria. L’euphorie des années 70 et du tournant du 20ème siècle n’a plus court.

Réalité géopolitique, échec militaire sur le terrain et crise financière, l’OTAN a réduit ces interventions hors-zones. En février 2011 en Afghanistan seulement 132 000 soldats étaient engagés dans la FIAS [NDLR : La Force Internationale d’Assistance à la Sécurité]. En novembre 2016 ils ne sont plus que 18 000 à être déployés dans les missions de l’OTAN. Si elle fournit toujours des appuis logistiques, des formations, et des financements, l’OTAN n’est plus aux commandes d’opération majeure en dehors de sa zone historique.

Un autre fait va modifier le haut de l’OTAN, en 2015 Washington a déclaré que la Chine était la première réelle menace à moyen terme. La nouvelle stratégie du Pentagone est de concentrer sa présence, son pouvoir de projection et sa force de dissuasion en Asie Pacifique. La vision d’une OTAN globale se trouve dans le transfert du centre de gravité de défense des Etats-Unis vers l’Asie orientale et le Pacifique et les plans de créer une OTAN Sud-Est asiatique.

La zone Europe/Atlantique n’étant plu l’épicentre de sa stratégie globale, s’en suit la demande aux Etats européens d’Obama puis de Trump, d’apporter une contribution financière plus importante à la défense du continent et de sa périphérie, les fameux 2% de leur PIB en dépense militaire. Cela étant, pour le Pentagone, l’OTAN et l’Europe sont donc un voile essentiel de son dispositif politique global. Une Europe sous le commandement du Pentagone, le commandement des forces des Etats-Unis en Europe, l’EUCOM étant automatiquement le commandement suprême de l’OTAN. Une Europe inclue dans le système global de défense des Etats-Unis avec des bases militaires au Royaume Uni, en Allemagne, Italie, Espagne et sept autres pays européens. Ce à quoi s’ajoute la 6ème flotte US en méditerranée. Une Europe intégrée dans un système mondial d’écoute et d’espionnage politique, économique et militaire du réseau Echelon avec en Grande Bretagne, le centre d’écoute de la NSA le plus important dans le monde. Une Europe enveloppée dans un dispositif de bouclier antimissile à Vienne avec la base opérationnel de Deveselu en Roumanie, une base en Pologne et quatre destroyers dotés de capacité antimissile basés en Espagne. Une Europe engagée dans la guerre des drones avec la base de Ramstein en Allemagne servant de station relais à la base de Creech aux Etats-Unis. Le repli global d’une OTAN sur sa zone historique euro-atlantique ne modifie en rien et nullement sa raison d’être. L’Europe répond toujours à la protection du géographe Mackinder

NDLR : En 1919, il théorisa : « Who rules East Europe commands the Heartland; who rules the Heartland commands the World-Island; who rules the World-Island controls the world. »

« Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle l’Heartland ; Qui contrôle l’Heartland contrôle l’Île Monde ; Qui contrôle l’Île Monde contrôle le monde. »

afin de défendre la stratégie : « Qui domine l’Eurasie, domine le monde ». La Russie est une pièce maîtresse de cet enjeu y compris pour l’endiguement de la Chine. D’ou la politique interventionniste et l’expansion de l’OTAN sur le continent par ce qui est considéré par la Russie comme son espace vital. Ce qui créé une situation de guerre en Ukraine.
Dans le cadre de l’opération Atlantic resolve, l’OTAN pose pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, des manœuvres de grandes envergures. De 25 000 à 30 000 hommes sont envoyés dans la partie orientale de l’Europe et au terme de ces manœuvres plus d’une centaine de ces blindés US ont paradé sur 1 800 kilomètres (des pays baltes à la Bavière). En janvier 2017 sont arrivés des Etats-Unis : 3 500 soldats, 87 tanks, 18 canons automoteurs, plus de 2 000 véhicules militaires déployés dans les pays baltes : en Pologne, en Hongrie, en Roumanie et Bulgarie. Pour assurer une présence avancée et adapter l’OTAN aux défis et aux menaces se développant à sa périphérie, il a été décidé lors du sommet de Cardiff en 2014 le triplement des effectifs de la force de réaction rapide, la création d’une force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation et le renforcement des forces navales permanentes. Pour permettre une plus grande réactivité au déploiement de ces forces spéciales, il a été mis en place huit quartiers généraux avancés dénommés : « Unité d’intégration des forces de l’OTAN » basés en Estonie, Lituanie, Pologne, Lettonie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et Slovaquie. Les pays occidentaux disent craindre la Russie, la Russie se sent agressée par l’Occident. Il faut rompre cet engrenage funeste dans lequel l’OTAN joue un rôle belliciste.

Succédant au général Bromley qui s’est singularisé par ces déclarations outrancières (même au sein de l’OTAN), le général Curtis Scaparotti est devenu le commandant suprême de l’OTAN. Lors de sa prise de fonction, il a précisé que le théâtre européen est essentiel pour les intérêts des Etats-Unis et que l’OTAN est restée et restera la clef de la sécurité nationale pour l’Amérique. Ses déclarations ne sont pas moins impartiales que celles de son prédécesseur quand il déclare :

« à l’Est une Russie renaissante est passé d’un partenaire à un protagoniste qui cherche à saper l’ordre international conduit par les Occidentaux et à se réaffirmer en tant que puissance mondiale »1.

Et de poursuivre

« pour lutter contre les menaces auxquelles nous sommes confrontés nous retournerons à notre pôle historique en tant que commandement de guerre »1.

La guerre pour qui ? La guerre contre qui ? Comme si nous étions passés d’un discours hégémonique à un discours de défense de l’Occident, cela ne change ni son rôle ni sa nature rageuse. Elle doit être dénoncée et combattue comme un acteur essentiel de 25 ans de guerres dites « justes », qui sont la cause de peuples meurtris, de pays ravagés, de la plus grande crise migratoire depuis la seconde guerre mondiale, de fanatismes exacerbés et mortifères.

Il faut dénoncer et combattre l’idéologie atlantiste fondée sur le leadership des Etats-Unis. La domination des puissances occidentales est de soumettre le monde à une économie de marché. Il faut dénoncer et combattre la militarisation des pays de l’OTAN et de ses alliés. Une logique de guerre dont les peuples sont toujours les principales victimes. Il faut dénoncer et combattre l’engrenage militaire et la politique de tensions dans la partie orientale de l’Europe et faire prévaloir la négociation. Il faut se libérer de l’allégeance à l’OTAN, hydre tentaculaire. Il faut encore et toujours lutter pour sa dissolution.


1 : Le général Curtis Michael « Mike » Scaparrotti, commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe et des forces des Etats-Unis en Europe lors d’une audition devant un comité du Sénat américain, le 2 mai 2017.


Retranscription du discours de Nils Andersson (analyste politique) de la Conférence Stop NATO 2017 à Bruxelles.

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet est chargé d’animation à la CNAPD.

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