Il souffle, comme qui dirait, un petit vent d’hypocrisie. Non que ce soit la première fois que nos dirigeants retournent leur veste ou qu’ils décident de privilégier les intérêts économiques en s’asseyant sur le droit, l’éthique et les valeurs humaines, mais lorsqu’il s’agit, dans le climat actuel, de continuer à vendre des armes à un pays tel que l’Arabie Saoudite, on se dit que l’hypocrisie va décidément trop loin.

Et pourtant, nous avions pu percevoir une brève lueur d’espoir. Le 8 juin dernier, la Chambre des Représentants votait une Résolution visant à « reconsidérer la politique étrangère de la Belgique à l’égard du Royaume d’Arabie Saoudite ». Dans son préambule, la Résolution reprend qu’il est contraire à la position commune de la PESC de continuer à autoriser des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et demande même, suite à un amendement apporté par un membre du Mouvement Réformateur, aux entités fédérées de

« mettre fin à l’importation, l’exportation et au transit avec la Royaume d’Arabie Saoudite de technologies et d’équipements militaires »

Avec le remaniement gouvernemental de cet été en Région wallonne et un nouveau ministre MR en charge de l’octroi des licences de ventes d’armes, nous avions donc bon espoir que le message du parti soit entendu et respecté.

Mais les noces furent de courte durée et l’hiver n’était même pas encore venu que nous avions déjà désenchanté. Le 18 octobre, nous apprenions par la presse que la Région Wallonne, par le biais de son nouveau Ministre Président Willy Borsus, octroyait 25 licences d’armes à l’Arabie Saoudite, ignorant ainsi les recommandations du gouvernement fédéral, dont le MR fait pourtant partie, et de l’Europe.

Alors comment justifier cela ? Et bien, selon ce dernier, si ce n’est pas la Région wallonne qui le fait ce sera bien un autre pays européen qui se chargera de vendre des armes à ce pays et la petite Wallonie à elle seule ne pas mettre en place un embargo contre le Royaume d’Arabie Saoudite. Alors autant s’asseoir directement sur ses beaux principes et permettre à la Région de rafler un paquet d’argent au passage, les licences octroyées étant plus que probablement délivrées au bénéfice de la FN Herstal, entreprise dont le seul actionnaire est la Région elle-même. Alors il restera toujours l’argument de l’emploi, mais est-ce genre de valeurs que notre pays veut transmettre ? Vendre des armes à un pays qui bafoue ouvertement les droits de l’Homme, des femmes, des enfants, des travailleurs étrangers et qui n’a pas de respect pour la liberté d’expression. Un pays qui mène une guerre destructrice au Yemen, la plus grande crise humanitaire selon l’ONU. Un pays qui d’ailleurs dépense déjà des milliards pour son armement et qui en réexporte une partie vers d’autres pays. N’a-t-on d’ailleurs pas retrouvé des armes de Daesh et au Mali ? La ou la France et la Belgique sont intervenus. Autant que l’on sache, la Belgique ne vend pas (encore) d’armes à Daesh, elles doivent donc bien venir de quelque part… Mais Willy ne s’en préoccupe pas, il a reçu le feu vert de son administration et de la Commission d’avis Wallonie-Bruxelles International pour l’octroi de ces 25 licences alors tout est sous contrôle !

En attendant, nous continuerons à claquer la porte au nez de ceux qui fuient cette région du monde pour échapper aux balles tirées par les armes que nous produisons ici…


Credit Photo : Murad Subay ~ Street Art in Yemen

Naïma Regueras

Naïma Regueras

Présidente de la CNAPD

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