Le Comité travaille sur le conflit du Sahara Occidental, la situation des réfugiés dans les camps, ainsi que sur les problèmes rencontrés en zone occupée par le Maroc. Rencontre avec Hilt Teuwen, Secrétaire générale.

Bref historique

Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole, contrairement au Maroc, à l’Algérie et à la Mauritanie, toutes anciennement sous domination française. Pressée par la vague de décolonisation, l’Espagne convient en 1974 d’organiser un référendum d’auto-détermination du peuple sahraoui. Suite au désengagement de l’Espagne, le territoire est annexé par le Maroc et la Mauritanie : le Front Polisario entreprend une lutte armée. En mai 1975, une mission de l’ONU reconnait la légitimité du Front Polisario, tandis que la Cour internationale de justice à la Haye arbitre en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui. La résolution 34/37 adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 21 novembre 1979 désigne le Polisario comme « le représentant du peuple du Sahara occidental. »

Le Sahara occidental est aujourd’hui un territoire non autonome selon l’Organisation des Nations unies, revendiqué par le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique ; son statut définitif reste en suspens depuis le cessez-le-feu de 1991. Le Maroc continue à occuper le territoire du Sahara occidental, à l’exception de la partie à l’Est du mur (appelé « territoire libéré » par les sahraouis, 20% du territoire du Sahara occidental), désertique et jonché de mines marocaines. Le référendum d’auto-détermination promis lors du cessez-le-feu n’a toujours pas eu lieu. Notons que le sol sahraoui est extrêmement riche en phosphates et les ressources halieutiques sont abondantes.

Comment est né le Comité belge de soutien au peuple sahraoui ?

Le Comité a vu le jour en 1965-66, sous l’impulsion de Pierre Galand, alors Secrétaire général d’Oxfam Solidarité pour travailler sur le conflit du Sahara Occidental, la situation des réfugiés dans les camps, ainsi que sur les problèmes rencontrés en zone occupée par le Maroc. Et en 1975, c’est une coupole européenne qui voit le jour : EUCOCO, dont le comité belge assure la coordination.

Quelles activités organisez-vous pour remplir votre mission auprès du peuple sahraoui ?

Chaque année nous organisons la Conférence de Coordination européenne. Au cours des années, elle a évolué mais chaque fois le travail de solidarité est évalué et planifié. Un groupe de suivi, appelé Task Force, comprenant des délégués des différents pays, a pour mission de s’assurer que les activités planifiées soient bien mises en œuvre et de préparer la prochaine réunion du groupe.

Le réseau fait un travail de conscientisation et organise des activités de mobilisation, notamment à travers des efforts de lobbying auprès des gouvernements nationaux, de l’Union européenne et des Nations Unies. Il organise également des actions concrètes de solidarité, comme l’accueil d’enfants sahraouis durant les mois d’été ou l’envoi de caravanes d’aide. Aujourd’hui, nous préparons la 39ème édition, qui aura lieu à Madrid. En 2015, la Belgique en sera l’hôtesse.

Actuellement, une grande partie des sahraouis vivent soit dans des camps de réfugiés au sud-ouest de l’Algérie, ou au Sahara occidental, sous occupation marocaine, avec une présence militaire et de graves violations des droits de l’Homme. Nous menons régulièrement des missions d’observation dans les camps de réfugiés à la frontière algérienne pour évaluer leur situation. D’ailleurs, en avril 2011, Liliane, administratrice à la CNAPD, et Samuel, chargé de plaidoyer, ont participé à une mission (NDLR : le rapport de mission est téléchargeable ici). Les conditions de vie y sont extrêmement dures !

Et en ce qui concerne les territoires occupés, quelle est la situation ? Est-il possible de s’y rendre pour évaluer la situation ?

Une lecture des rapports de plusieurs organisations et institutions de défense des droits de l’Homme, y compris sahraouies et marocaines, publiées au cours des trois dernières années, nous montre que même si le Maroc a fait des progrès en la matière sur son propre territoire, de graves violations des droits de l’Homme continuent à être perpétrées au Sahara occidental (NDLR : consultez le résumé en français du rapport de Human Right Watch intitulé « Droits humains au Sahara occidental et dans les camps de réfugiés de Tindouf », Décembre 2008.)

Il est évidemment plus difficile d’entrer dans les territoires occupés, mais grâce à la présence de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) depuis 1991, il y a une présence constante qui veille au cessez-le-feu. Ce qui ne signifie absolument pas que les droits des sahraouis sont respectés. Un rapport d’une délégation ad hoc du Parlement européen, rédigé à la suite d’une mission réalisée en janvier 2009, constate le manque de respect des droits fondamentaux et recommande l’élargissement du mandat de la MINURSO au respect des droits de l’Homme.

Pourquoi un tel acharnement du Maroc à refuser l’autodétermination du peuple sahraoui ? Simple fierté nationaliste ?

On ne peut nier cet aspect des choses, toutefois c’est loin d’en être la cause principale. La présence de phosphate, produit vital pour l’agriculture, et les ressources halieutiques, produits de la pêche, n’y sont pas pour rien ! Selon la résolution 63/102 de décembre 2008 de l’Assemblée générale de l’ONU, le peuple sahraoui est le seul propriétaire de ces ressources naturelles. Il a le droit exclusif à en tirer parti et à en disposer selon ses intérêts. Mais le gouvernement s’accapare annuellement les bénéfices de 3 millions de tonnes de phosphate du territoire du Sahara occidental, ce qui est contraire au pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels et à la résolution 1514 (XV) de l’ONU.

L’accord de pêche en vigueur entre l’UE et le Maroc n’est pas conforme à l’avis émis par Hans Corell, le conseiller juridique du secrétaire général de l’ONU. Ce dernier avait dit en 2008 à Pretoria qu’« un accord de ce type qui ne fait pas de distinction entre les eaux adjacentes au Sahara occidental et les eaux adjacentes au territoire du Maroc constituait une violation du droit international ». De plus, selon les termes mêmes de l’accord, les bénéfices devraient aller à la population du Sahara occidental, ce qui n’est pas vérifiable. Comment l’Union européenne peut-elle conclure des accords de pêche avec le Maroc sans y inclure des garanties et un contrôle pour que les bénéfices servent à la population du Sahara occidental ?

Comment peut-on agir en Belgique ?

Outre la possibilité de supporter notre action financièrement, nous mettons sur pied une campagne pour agir concrètement en soutien à un prisonnier et une personne disparue. Il s’agit d’envoyer une carte pour chacune de ces personnes (+ copie des cartes).

 Pour (re)découvrir le comité belge de soutien au peuple sahraoui 

Lire le rapport de mission de la CNAPD sur la visite dans les camps de réfugiés du
Sahara Occidental à Tindouf – Avril 2011

Thibault Zaleski

Thibault Zaleski

Attaché pédagogique

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