Le salon de l’armement Eurosatory ouvre le 13 juin. Youpie, la Foire ! Petite promenade promotionnelle : 1 écoute ironico-zygomatique pour faire tomber le voile, 1 avertissement grandiose de fin de mandat présidentiel, et 1 invitation à distinguer l’art de la science de son détournement techno-commercial létal !

Alors, ça pourrait sembler facile. Pourtant simple n’est pas toujours facile. Simple et juste rappel d’un bon sens enfumé : les armes, c’est fait pour tuer ! C’est aussi un juteux marché de l’offre et de la mort, subventionné et publicisé très largement.

Tandis que le veau d’or de la plus grande foire commerciale de l’armement s’engraisse comme jamais ces jours-ci, convoquons dans ce P’tit potager le militaire qui a appris à détester la guerre en la faisant et qui cherchait à construire peut-être une nation plus ou moins démocratique : il faut désarmer les lobbies de l’armement, en mettant à poil la nature de leur action.

Ike Einsenhower n’était pas un saint et encore moins un bisounours nain de jardin (malgré une certaine conscience écologique que vous lirez plus bas). Mais ce discours officiel du 17 janvier 1961 charriait des valeurs fortes au départ d’une factualité indubitable. Une responsabilité qu’un dirigeant politique de premier rang osait assumer. Sans tomber dans la nostalgie, mais pour penser demain, on reproduit plus bas des extraits de son édifiant discours.

Mais d’abord, convoquons Monsieur Guillaume Meurice , capable de mettre lui aussi à poil les communicants bling-bling des échoppes de mort en deux coups de micro bien tendu. C’était en 2016. En vedettes du programme des « spécialistes experts de la létalité » en 2022, de nouveaux engins pour buter les drones qu’on avait si bien vendus l’année passée (ce clavier pacifique refuse de copier/coller le lien qui vous renvoie vers le programme des conférences de ce foutu salon…)

On invite Guillaume à retourner interroger ces magiciens de la destruction créatrice… Pas sûr qu’il obtiendra à nouveau l’accréditation si sérieuse. Par contre, une chose est sûre… Ce n’est pas la nationalité qui sera ici facteur de discrimination : le management ne semble pas désirer interdire l’entrée aux belligérants de tout poil…

Enfin, au milieu du discours qui suit, la nécessité surgira sans doute : convoquons donc un outil qui permet de distinguer la science, nécessairement humanisante, de la technologie profitable, aveuglante et mortifère du camelot de la mort. Pour démêler cet écheveau, la lecture de ce Manière de Voir livrée 179 est probablement une nécessité. On y lira entre autres la place prépondérante, démesurée et usurpée que l’industrie de l’armement, usant de cette confusion, a arrachée dans les financements publics à destination de la science. 


Il nous reste des BD du GRIP: vous aussi faites la foire à l’armement, venez en chercher, elles sont pour vous !


Allocution de fin de mandat du Président Dwight Eisenhower

(17 janvier 1961 – extraits.)

(Le son est ici)

(…) Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant.

(…) Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble.

(…) Cependant, tout en apportant à la recherche et scientifiques le respect que nous leur devons, nous devons également être attentif à un danger à la fois aussi grave et opposé, à savoir que l’ordre public puisse devenir captif d’une élite scientifique et technologique.

(…) Un autre facteur de maintien de l’équilibre implique l’élément de temps. Alors que nous envisageons la société future, nous devons- vous et moi et notre gouvernement – éviter la tentation de vivre seulement pour le jour qui vient, pillant pour notre propre aisance, et à notre convenances les précieuses ressources de demain. Nous ne pouvons pas hypothéquer les actifs de nos petits-enfants sans risquer de dilapider également leur héritage politique et spirituel. Nous voulons que la démocratie survive pour les générations qui viennent, non pour devenir le fantôme insolvable de demain.

(…) Sur ce long chemin de l’histoire qu’il reste à écrire, l’Amérique sait que notre monde, toujours plus petit, doit éviter de devenir une redoutable communauté de crainte et de haine, et, au contraire, tendre à être une confédération fière dans la confiance et le respect mutuels. Une telle confédération doit être composée d’égaux. Le plus faible doit pouvoir venir à la table de conférence avec la même confiance que nous, protégés que nous sommes par notre force morale, économique, et militaire. Cette table, même si elle porte les cicatrices de nombreuses frustrations du passé, ne peut pas être abandonnée pour l’atroce douleur qu’on rencontre à coup sûr sur le champ de bataille.

(…) Le désarmement, dans l’honneur et la confiance mutuels, est un impératif permanent. Ensemble nous devons apprendre à composer avec nos différences, non pas avec les armes, mais avec l’intelligence et l’honnêteté des intentions.

(…) À tous les peuples du monde, j’exprime une fois de plus le souhait et la prière de l’Amérique :  « Nous prions pour que les peuples de toutes fois, de toutes races, de toutes nations, puissent voir leurs principaux besoins satisfaits. Pour que ceux qui actuellement n’ont pas cette occasion puissent l’apprécier un jour entièrement ; que tous ceux qui aspirent à la liberté puissent en éprouver ses bénédictions spirituelles ; que ceux qui possèdent la liberté comprennent les grandes responsabilités [qu’elle engendre] ; que tous ceux qui sont peu sensibles aux besoins des autres apprennent la charité ; que les fléaux de la pauvreté, de la maladie et de l’ignorance soient amenés à disparaître de la surface de la terre, et que, avec le temps, tous les peuples viennent à vivre ensemble dans une paix garantie par la force du respect et de l’amour mutuels qui les lient.

 

Thibault Zaleski

Thibault Zaleski

Attaché pédagogique

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