« Quand le business des armes met l’Union européenne sous influence… »

Ce 29 juillet dernier, une dizaine de participants se sont retrouvés au rond-point Schuman pour participer au « Lobby Tour de l’armement » en lien avec les politiques migratoires européennes, et organisé par Agir pour la Paix. Pendant toute une après-midi les militants se sont baladés aux pieds (ou aux nageoires) des plus grands requins de l’industrie de l’armement à Bruxelles pour tenter de comprendre l’impact de leurs influences sur les politiques européennes en matière de migration.
Personne ne connait leur nombre exact ni leur financement mais ils sont là, tapis dans les abysses de la capitale belge au cœur des institutions européennes à l’affut de la moindre interaction qu’ils pourraient entretenir avec un.e parlementaire européen.nes. …

Les institutions européennes sont les produits politique législatif, judiciaire et exécutif de 27 pays du continent européen et gouvernent plus 500 millions d’habitants. Ces institutions se retrouvent principalement à Bruxelles comme le Conseil européen (définissant les politiques de l’U.E.) et la Commission européenne (définissant les lois et l’application des lois de l’U.E.), un espace de quatre kilomètres carrés consacré « centre de décision des politiques européennes » qui emploie 44 000 fonctionnaires. Bruxelles est devenue la deuxième capitale des lobbyistes après Washington D.C. une véritable aubaine pour les pouvoirs d’influences que sont les lobbies de s’approcher au plus près des décideurs politiques pour influer ou influencer une application de loi favorable aux secteurs de leurs employeurs.

Le lobby : une arme de manipulation institutionnelle massive

Le nombre de lobbyistes se situe entre 15 000 et 30 000 à Bruxelles, un nombre approximatif et qui tend à le rester malgré la proposition de l’Union Européenne de créer un registre de transparence des agences de lobby sur base d’inscription volontaire. Si tous les lobbies ne figurent pas sur ce registre, on peut les décliner en quatre types :

  • Le lobbying local : axé sur des politiques concrètes, il s’exerce par une domination du pouvoir traditionnel, et de groupe de pression à l’échelle locale.
  • Le lobbying d’influence : identifié comme un processus ayant comme finalité un changement d’idéologie, ce type de lobbying s’impose par une orientation appuyée des décideurs politiques. C’est notamment le cas des « Thinks thanks », mais aussi d’organisations sectaires, de clubs, d’organisations non-gouvernementales …
  • Le lobbying participatif : s’exerce par la participation des lobbies aux décisions politiques. La dimension participative s’exerce à partir d’une analyse proposée aux décideurs politiques pour protéger leurs intérêts commerciaux.
  • Le lobbying co-gestionnaire : offre la possibilité à une entreprise privée de sous-traiter des tâches normalement réservées aux pouvoirs publics.

L’Observatoire européen des entreprises (CEO) précise la répartition :

  • 10 % des lobbyistes sont issus d’ONG, syndicats, …
  • 20 % des lobbyistes sont issus des services publics
  • Et 70% des lobbyistes protègent les intérêts d’entreprises privées.

On a l’habitude de dire qu’il y a un lobbyiste pour chaque fonctionnaire européen [1]

Le cadre de la visite que proposait Agir pour la Paix proposait une approche des lobbies influençant les politiques migratoires de l’U.E.. La visite nous a conduit dans un premier temps aux institutions de l’U.E. qui jouent un rôle dans la conception de la politique de sécurité et de défense forte, et dans un deuxième temps aux industries de l’armement. Ces entreprises puissantes peuvent se permettre d’avoir leur propre bureau à Bruxelles afin d’influencer la politique européenne tandis que d’autres sont représentées par des entreprises spécialisées ou des cabinets d’avocats. Le lobbying se fait en se servant de groupes d’experts permanents ou temporaires de conseillers de l’U.E., en maintenant des contacts avec les députés européens, à travers le parapluie d’agences spécialisées, …

Une alliance belliqueuse

Au cours de la visite nous avons d’abord identifié et analysé les différents lobbies « co-gestionnaires ». Le fer de lance de ces lobbies est de maintenir des relations pérennes avec les gouvernements et les ministères pour influencer l’ordre du jour politique et tenter de soumettre leur point. Il en va de même avec les institutions supranationales, où ces alliances de l’industrie de l’armement et de la politique européenne reposent sur la conviction d’une industrie forte de la sécurité et de la défense européenne. Ce lobbying existe au niveau européen, situé rue des Drapiers, 17-23 à Bruxelles, nous avons pu découvrir l’EDA (European Defence Agency) pour le Service européen pour l’action extérieur (SEAE). Cette agence traite de la politique industrielle du secteur de la défense et est présidée par Catherine Ashton. Cette institution apparue en 2004 sous l’impulsion des lobbyistes permettrait à l’Europe de faire « plus, mieux et ensembles »[2] en matière d’armement. Elle vise à assurer une étroite collaboration entre les projets de défense commune et dans la recherche et dans le développement des produits militaires. C’est une agence créée dans le but d’institutionnaliser le partenariat des institutions européennes et les grandes industries de l’armement et les organisations de lobbying.

Ensuite, le chemin des lobbies nous a permi de s’interroger sur une autre agence européenne à la solde des lobbies : Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne). Située à Varsovie, Frontex a comme objectif l’amélioration de la gestion des frontières extérieures et la coordination opérationnelle entre les pays de l’Union Européenne. Avec un budget de 6 millions d’Euros en 2005, ses financement ont atteint 114 millions d’Euros en 2015 grâce à des fonds publics européens. Cette augmentation colossale a permis à l’agence d’acquérir une plus grande autonomie en matière de développement, de recherche et d’actions. Une occasion qui permet aux industries de l’armement l’acquisition d’un nouveau client. En outre elle peut réquisitionner le matériel et le personnel militaire des Etats membres contre remboursement pour lutter contre l’immigration clandestine au Sud et à l’Est de l’Europe, mais aussi financer les industries de l’armement pour la recherche et le développement de nouvelle technique d’appréhension des migrants. Des techniques qui remettent en question le respect des droits Humains.

Un passage obligé par les industries de l’armement

Après nous nous sommes arrêtés sur l’Avenue de Cortenbergh, N°60, le siège de Thalès. Thalès Groupe est une société multinationale française qui fabrique des systèmes électriques et qui fournit des services pour les marchés de l’aérospatiale, de la défense, du transport et de la sécurité. En collaboration avec ESA (Agence Européenne Spatiale) et avec Eumetsat (Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques, la multinationale Thalès a mis au point le projet « Sentinelle » issu du programme de « Copernicus » de l’Union Européenne. Ce projet est un ensemble de satellite censé parcourir les frontières de l’Union et de relever des données climatiques, mais pas uniquement. Ils s’en sont servis comme double-emploi pour la surveillance des routes migratoires vers l’Europe et ont contribuer au renforcement des « murs » européens au Sud et à l’Est de l’Europe.

Pour conclure le « Lobby Tour », la visite s’est achevée aux racines de l’arbre des lobbies, un arbre offert par la Société des Professionnels en Affaires Européennes (SEAP) symbolisant la présence et l’exercice des lobbies au sein de nos gouvernements et où l’on peut lire impunément :

Les questions importantes doivent être résolues par la discussion et la prise de décision, la patience et le dévouement ,

une devise qui fait froid dans le dos au vu du nombre de décès enregistrés aux barrières de l’Europe.

« Ne craignez rien, l’Europe veille à vos frontières, la clôture étant de plus en plus chère doit forcément être de plus en plus sûre »[3].

N’hésitez pas à poursuivre la visite avec Agir pour la Paix pour découvrir les autres lobbies en fonction dans la capitale européenne lors des prochains « Lobby Tour de l’armement».

Plus d’infos sur : http://agirpourlapaix.be/

 


[1] Viviane de Beaufort, professeur à l’Essec.

[2] Javier Solana 1999-2009: High Representative for the Common Foreign and Security Policy, Secretary General of the Council of the European Union

[3] Aux Frontex de l’Europe – #DATAGUEULE 4


Bibliographie :

http://www.adequations.org/IMG/pdf/TexteLobbyAttac12-2.pdf

http://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-l-agence-europeenne-de-garde-cotes-et-garde-frontieres-frontex.html

https://europa.eu/european-union/about-eu/agencies/frontex_fr

http://www.x-pressed.org/?xpd_article=le-controle-de-limmigration-europeenne-entre-les-mains-des-lobbies&lang=fr

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet

Jonas Boussifet est chargé d’animation à la CNAPD.

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