Le 22 septembre 1998, lors d’une 6ème tentative d’expulsion, Semira Adamu est tuée, étouffée à l’aide d’un coussin par des gendarmes qui agissaient conformément aux techniques d’expulsion déterminées par l’Etat. Elle n’avait alors que 20 ans et était venue chercher refuge en Belgique. Ses demandes d’asile ayant été refusées, elle avait passé plusieurs mois au centre fermé 127bis, durant lesquels elle avait constamment témoigné sur les conditions de détention. Ainsi, Semira a largement contribué, avec le Collectif contre les expulsions, à visibiliser les centres fermés pour « illégaux », jusqu’alors inconnus d’une majorité de la population.

Aujourd’hui, et malgré le « plus jamais ça » clamé alors, les frontières et la politique belge à l’égard des personnes en migration continuent à tuer. Ce 18 mai, la petite Mawda, âgée d’à peine 2 ans, est morte d’une balle tirée par un policier. Une mort abominable qui s’ajoute à la longue liste des personnes mortes sur les routes de l’exil rendues de plus en plus dangereuses par nos politiques restrictives. Elle vient aussi s’ajouter à la triste liste de toutes celles et ceux qui, poussé.e.s à bout, finissent par se donner la mort, caché.e.s derrière les grilles des centres fermés. Semira, Mawda, et tou.te.s ces anonymes payent le lourd prix de ces politiques migratoires déshumanisantes. Sans oublier toutes celles et ceux qui, chaque jour, ont à se battre contre les conséquences de ces politiques qui les empêchent de construire une vie de couple ou de famille, d’accéder à un emploi, un logement ou des soins médicaux, contre les conséquences de ces politiques qui leur dénient les droits les plus élémentaires. N’oublions pas non plus toutes ces personnes qui se battent contre ces politiques mortifères et en payent le prix par la criminalisation ou l’enfermement arbitraire.

C’est dans ce contexte que s’est formée la Coordination Semira Adamu 2018. Elle regroupe aujourd’hui 80 associations et personnes, dont la CNAPD, autour d’un combat commun. Les actions de la Coordination s’inscrivent dans des revendications communes :

  • La régularisation de toutes les personnes sans-papiers en attendant une effective liberté de circulation dans l’égalité de droits pour toutes et tous ;
  • L’arrêt des expulsions et la suppression des centres fermés ;
  • La condamnation systématique des violences racistes, patriarcales, policières et d’Etat.

Ce combat est, de toute évidence, aussi celui de la CNAPD. La violence des politiques belges à l’égard des personnes en migration, qui définissent des lignes de partage entre des êtres humains légaux et des êtres humains illégaux, s’inscrit et se comprend comme partie intégrante d’un système plus large de dominations systématiques et systémiques. Un système dans lequel toute personne n’appartenant pas à la figure de l’homme occidental, blanc, cisgenre et économiquement solvable est, à des échelons certes différents, marginalisée, opprimée, violentée, déshumanisée, réduite au statut d’être secondaire et sacrifiable. Une violence qui s’inscrit et se ressent au plus profond des corps et qui classifie les personnes qu’il est légal de défendre et celles dont la (auto)défense est illégale[1].

Ces combats font partie d’une lutte globale contre la domination systématique des pays industrialisés sur les peuples du reste du monde, contre un système patriarcal qui oppresse, pour la solidarité et contre l’exclusion, pour l’égalité, pour les libertés démocratiques pour tou.te.s et une démocratie véritable, pour la Paix. Ces combats sont des combats essentiels de la CNAPD depuis sa création et il apparaît donc comme allant de soi de rejoindre la Coordination Semira Adamu 2018.

La Coordination Semira Adamu 2018 propose toute une série d’actions et de rencontres dans le courant de septembre, ainsi que des actions dans les mois qui précèdent. Temps de réflexion, rassemblements populaires, actions, moments d’échanges. Autant de moments de lutte et d’échanges autour des questions liés aux combats d’hier et d’aujourd’hui et de la transmission de l’histoire de Semira Adamu. L’agenda actualisé est disponible sur le site de la Coordination, ainsi que des ressources, l’appel de la Coordination et la liste des signataires : https://www.semiraadamu2018.be/

Coralie MAMPAEY

[1] A ce propos, lire : Elsa DORLIN, Se défendre. Une philosophie de la violence, La Découverte, 2017

Source illustration

Alix André

Laisser un commentaire