A la fin du mois d’avril, et aux lendemains des bombardements américains, anglais et français suite à la présumée attaque chimique dans la Ghouta, la Belgique annonçait débloquer 26 millions d’euros pour l’accueil des réfugiés de guerre dans les pays voisins de la Syrie. Avec cette promesse de don, Alexander De Croo soulignait le « signal fort » qu’envoyait la communauté internationale « pour indiquer que seule une solution politique [pouvait] mettre fin au conflit syrien. » Le ministre d’ajouter, sentencieux, que « les bombes n’amèneront pas la paix » – aucune bombe, donc, puisque Monsieur De Croo n’en précise désormais plus la nationalité.

La déclaration de Monsieur De Croo faisait écho à celle de Madame Mogherini, la Haute représentante de l’Union européenne. Lors du même sommet en effet, appelant elle aussi à emprunter la voie politique comme seule chemin vers la fin du conflit syrien, Federica Mogherini demandait à la Russie et l’Iran d’exercer « une pression sur le régime de Damas afin qu’il accepte de s’asseoir à la table des négociations menées sous l’auspice de l’ONU ». Alors même que les représentants de l’Union européenne ont fixé, pendant plusieurs années, l’exclusion du gouvernement de Bachar Al-Assad comme pré-condition à toute initiative de dialogue.

Ces déclarations pourraient réjouir les plus optimistes s’ils oubliaient les années passées par les représentants de la « communauté » internationale à tenter d’exclure l’un ou l’autre des initiatives de dialogue et à apporter chacun leurs contributions politique, militaire et financière à l’approfondissement de la violence. Ces déclarations pourraient aussi engager les plus volontaristes s’ils parvenaient à dépasser le fait que « la guerre est un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté » et que cette capacité de contrainte est, dans la guerre, proportionnelle aux victoires militaires ; aujourd’hui largement à l’actif du régime de Damas et de ses soutiens.

Si les déclarations de Monsieur De Croo et de Madame Mogherini font désormais droit à ce que soutient et demande la CNAPD depuis le début du conflit en Syrie, elles arrivent très probablement – et très malheureusement – trop tard. Bien des morts auraient pu être évité si ces appels à la construction de la paix s’étaient débarrassés plus tôt des intérêts politiques et stratégiques qui les accompagnaient jusqu’alors.

La diplomatie doit urgemment retrouver son rôle d’outil au service du dialogue

Ces déclarations – et même les derniers bombardements occidentaux – sont sans doute des aveux de faiblesse, et donc d’échec de la stratégie du pourrissement. Un échec qui se constate à chaque conflit, à chaque guerre. Le temps perdu à se le rappeler augmente les catastrophes humaines et éloigne la voie du dialogue.

En Syrie, comme en Irak, en Libye ou en Afghanistan, la diplomatie a été utilisée comme un outil de seule conflictualité. Une étape dans l’escalade des tensions. Souvenons-nous, à titre d’exemple, de la première démarche de Didier Reynders, déjà Ministre des affaires étrangères au début du conflit en Syrie : la fermeture de l’Ambassade de Belgique à Damas, que la CNAPD avait condamné.

Concernant la Syrie, l’Union européenne et la Belgique paraissent aujourd’hui retrouver l’importance du dialogue et de l’opposition à la militarisation. Il était temps. Le monde a aujourd’hui particulièrement besoin d’apaisement, de compréhension, de dialogue égalitaire et respectueux… et de résolution non violente des crises.

Le rejet unilatéral des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran ne fait courir rien moins que le risque d’une course à la bombe atomique au Moyen-Orient, sur base d’un déni du travail de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA – ONU). Le déménagement illégal  de l’Ambassade des États-Unis est une insulte au processus de paix entre palestiniens et israéliens et une attaque frontale contre le droit international, attisant la haine de ceux qui voient leurs droits ostensiblement et violemment bafoués.

L’Union européenne et la Belgique semblent aujourd’hui se souvenir timidement que la diplomatie est un outil au service de la paix. Contre l’embrasement de tout le Moyen-Orient qui semble être souhaité par les États-Unis de Donald Trump, il est temps qu’elles le clament et le revendiquent.

Samuel Legros (article publié le 08 mai 2018)

Alix André

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