Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention nationale abolit l’esclavage dans les colonies françaises. C’est la première abolition moderne et majeure dans le monde. Mais elle est partielle : la traite négrière, elle, n’est pas abolie par un cadre juridique clair et durable, et le système colonial n’est pas questionné dans ses profondeurs. En fait, l’abolition de 1794 dépend largement du contexte révolutionnaire et du rapport de force du moment.

Depuis 1791, les insurrections d’esclaves à Saint-Domingue ont chamboulé l’ordre colonial. La colonie est en guerre, la France révolutionnaire l’est aussi. Abolir l’esclavage devient alors un choix politique et stratégique destiné à rallier les anciens esclaves à la République et à préserver les colonies face aux puissances considérées comme ennemies.

L’abolition de 1794 est fragile et très vite, le climat change. Les violences de la révolution haïtienne, les souvenirs encore vifs des insurrections de 1791 et la misère des colons réfugiés en France alimentent un discours selon lequel l’émancipation serait une erreur, et la « philanthropie » un danger social. Le temps de la répugnance idéologique consacré à l’esclavage semble révolu.

En 1802, Napoléon Bonaparte est au pouvoir et par la loi du 20 mai (30 floréal An X), l’esclavage est maintenu ou rétabli dans les colonies rendues à la France par le Traité d’Amiens. La traite transatlantique reprend selon l’ancien droit et des hommes reconnus comme citoyens sont brutalement replongés dans l’asservissement.

Ce retour en arrière intervient néanmoins dans un monde déjà transformé par les idées de liberté et d’égalité. L’esclavage est de plus en plus structurellement contesté mais il faudra attendre 1848 pour qu’il soit définitivement aboli par la France.

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