Le 5 mai dernier, la CNAPD, la Ligue des Droits de l’Homme, la Liga voor Mensenrechten et Vrede vzw, assistés de leurs conseils juridiques Progress Lawyers Network, ont annoncé lors d’une conférence presse leur intention de déposer une plainte contre la présence des militaires en rue.

Sommes-nous contre la sécurité des citoyens ? Soutenons-nous les actions terroristes ? Sommes-nous des provocateurs, des inconscients, de dangereux gauchistes, des anarchistes, voire des antisémites…? Sommes-nous un peu tout ça comme nous avons pu l’entendre et le lire, y compris de la part de certains responsables politiques ? Non, bien évidemment.

Cette action en justice est le fruit d’une longue réflexion et d’un argumentaire juridique et politique sérieux et solide.

Ainsi, malgré la décision de l’OCAM (organe de coordination pour l’analyse de la menace) de ramener le niveau de menace terroriste de 3 (grave) à 2 (moyen), le gouvernement a décidé de maintenir les soldats dans les rues. Niveau 3 qui, par ailleurs, ne justifiait déjà pas cette décision puisque selon notre analyse, seul le niveau 4 le permettait, c’est l’argument juridique principal de notre action. Or, cette décision, on le voit aujourd’hui, a entraîné une normalisation de leur présence qui nous inquiète à plusieurs titres.

Contrairement au but annoncé, cette présence instaure un climat de peur permanent, une atmosphère sociale délétère et elle accroît le sentiment subjectif d’insécurité. Selon nous, il s’agit vraisemblablement pour le gouvernement de créer à la fois un besoin et de fournir une réponse à ce besoin. Le schéma est simple : on met des militaires dans les rues, ça donne l’impression au citoyen que le danger est imminent (besoin de sécurité) mais à la fois, ça le rassure de voir que le gouvernement œuvre à sa sécurité (réponse).

Cette démarche est d’autant plus inquiétante que l’efficacité de cette mesure est à mettre sérieusement en doute puisque ça revient à mettre des cibles devant les cibles et que les militaires ne sont pas habilités à garantir l’ordre public. Ce n’est d’ailleurs pas leur objectif ni leur rôle. L’armée a le devoir de défendre les frontières mais n’a pas vocation à remplacer la police dont c’est la mission de garantir la sécurité des citoyens (ce qui est un droit de l’Homme) et l’ordre public. La confusion des rôles est hautement dangereuse. D’autant plus que cette normalisation de la présence de l’armée dans les rues fait légitimement craindre qu’il soit fait appel à l’armée durant des moments de tension sociale ou politique, pour contrer les mouvements sociaux. En utilisant la métaphore de la grenouille dans la casserole, on pourrait dire que le gouvernement, par cette mesure, a augmenté de quelques degrés supplémentaires la température de l’eau. Et nous, associations de défense de la démocratie et des droits de l’Homme, c’est notre rôle de lancer l’alerte et d’avertir la population qu’à force de s’habituer à cette situation, c’est bientôt l’État de droit qui finira dans les assiettes des partisans d’un État fort, autoritaire et militarisé.

Voilà les raisons de notre action. Aujourd’hui, nous lançons un appel à contributions vers les citoyens qui comme nous, s’inquiètent de cette dérive sécuritaire pour nous aider à couvrir les frais judiciaires liés. Vous pouvez adresser vos promesses de dons auprès de la plate-forme de crowdfunding « Rue sans soldats ». Nous comptons sur vous !

La sécurité des citoyens passe avant tout par le respect de la loi et de l’État de droit.

Photo: © James lee

Guillaume Defossé

Guillaume Defossé

Guillaume Defossé est vice-président de la CNAPD. Il en fut président de janvier 2014 à décembre 2015. Il fut également co-fondateur, secrétaire général, puis président de Génération Palestine Belgique et membre du bureau d'Ecolo J. Il est persuadé qu'une société en paix ne peut exister que dans la justice, l'égalité et la participation de tous au projet commun. Ce sont les raisons de son engagement.

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