Elle était critique de la rigidité, de la supériorité, du dogmatisme, elle craignait la bureaucratie. Rosa Luxemburg vilipendait l’autorité qui s’impose par la violence. Elle cherchait à préserver les voies démocratiques du socialisme. Elle cherchait une humanité qui pouvait transcender la tragique condition des êtres. Dépasser l’artifice des frontières. Elle disséquait déjà les formes vicieuses de la domination du capitalisme. Elle haïssait la guerre, le militarisme qui couve et survit à elle, et qui la tuera. Elle cherchait en volant par-dessus les bornes nationales à unir les courages de celles et ceux qui subissent l’oppression des puissants. Il y a trop à faire à être solidaire pour que se diviser en chapelles qui ruinent l’entraide. Elle aimait les prolétaires, l’horizon d’un commun politique souhaitable.
Les timbrés de l’uniforme, du goupillon, du drapeau, les agités de la mitrailleuse, les hypocrites du grand capital et de la foire aux canons lui rendaient bien sa critique par la haine qu’ils organisaient contre elle. Elle est assassinée le 15 janvier 1919 par les sbires des corps francs, ces paramilitaires protofascistes lâchés en pleine ville et chargés par le ministre très officiel de la Défense Gustav Noske de mater le mouvement révolutionnaire Spartakus.
Sa plume, née en Pologne occupée, est nourrie tant de l’Idée de Mickiewicz que de l’écoeurement du pogrom antisémite, son verbe est critique et constructif : brillante journaliste, activiste européenne, penseuse marxiste, oratrice hors-pair, théoricienne de l’action politique, du syndicat, de la grève, de la liberté de la presse. Elle fonde la ligue Spartakus, du nom de l’esclave de Rome qui a brisé ses chaînes, et puis le parti allemand d’un communisme inclusif, à la sortie de la première guerre mondiale en 1919. Avec elle, le parlementaire Karl Liebknecht est assassiné pour sa recherche active de voies pour la justice et la paix. Les progressistes du monde entier leur rendent hommage les 15 janvier.
Une actualité ?
« la défense de la patrie est une pure fiction qui empêche toute saisie d’ensemble de la situation historique dans son contexte mondial. (…) À l’époque de cet impérialisme déchaîné, il ne peut plus y avoir de guerres nationales. (…) Les petits États-nations, dont les classes dirigeantes sont les jouets et les complices de leurs camarades de classe des grands États, ne sont que des pions dans le jeu impérialiste des grandes puissance »
(Rosa Luxemburg, La Crise de la social-démocratie (1915), La Taupe, Bruxelles, 1970.)
