Ce jeudi 18 juillet après-midi, la Commission Défense se penchera sur la divulgation récente d’un rapport de l’Assemblée générale de l’OTAN qui confirme la présence d’armes nucléaires américaines à Kleine Brogel. Ce débat ne peut évidemment se suffire à lui-même. Il doit inaugurer un travail de fond de nos Députés pour empêcher que la Belgique ne perpétue son rôle actif dans la potentialité d’une guerre nucléaire, comme presque tous les partis se sont engagés à le faire durant la campagne électorale. Ces prochains mois, la Belgique sera confrontée à des choix cruciaux en la matière.

Ce mardi 16 juillet, le groupe Ecolo-Groen a divulgué un rapport du 16 avril 2019 de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN qui confirme la présence d’armes nucléaires en Belgique[1] ainsi que la capacité qu’ont les F16 de l’armée belge de les transporter et de les larguer[2].

Si personne ne doutait encore de ces faits, aucun document officiel ne le confirmait jusqu’à aujourd’hui noir sur blanc.

Pouvons-nous désormais enfin espérer un débat parlementaire normal ?

L’intérêt de cette « divulgation » réside bien évidemment ailleurs que dans celui d’enfoncer les portes mal fermées. Avec elle nous pouvons en effet enfin espérer l’organisation d’un débat démocratique sur la violation désormais explicite par la Belgique de ses propres engagements internationaux et sa participation directe à la préparation d’un potentiel conflit nucléaire.

Un débat démocratique qui doit être autre chose qu’une réaction immédiate et précipitée à cette « nouvelle » information, tant les décisions qui devront être prises durant la prochaine législature sont cruciales. A cet effet, l’audition organisée ce jeudi 18 juillet après-midi en Commission de la Défense de la Chambre peut préparer le travail à poursuivre les prochains mois. 

Le respect du droit international et la crédibilité politique de la Belgique

Cette confirmation officielle doit tout d’abord permettre d’enfin obliger le gouvernement à acter la violation, par notre pays, de ses propres engagements par rapport au Traité de non-prolifération (TNP) depuis le début du déploiement des bombes B61 chez nous, c’est-à-dire depuis la fin des années 1960.

En effet, les différents gouvernements qui se sont succédé ces dernières années ont tous rappelé que le TNP était la pierre angulaire de la politique nucléaire belge. Or, l’article 2 ne peut être plus clair quand il stipule que : « Tout État non doté d’armes nucléaires qui est Partie au Traité s’engage à n’accepter de qui que ce soit, ni directement ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires […] ».

Tout comme il est inacceptable d’envisager que, par exemple, la Russie déploie des ogives nucléaires à, par exemple, Cuba ; il est inacceptable de constater le déploiement d’ogives américaines sur notre territoire. Une inacceptabilité endossée par la Belgique il y a 45 ans (TNP ratifié par la Belgique en 1975) et simultanément violée.

Un fait désormais avéré qui pèse sur la crédibilité de la Belgique dans toutes les enceintes traitant du désarmement et de la non-prolifération.

Or ces enceintes sont en crise. L’ensemble du régime de non-prolifération nucléaire est attaqué de tous ses côtés. Songeons à la dénonciation unilatérale des Etats-Unis, suivi ensuite par la Russie, de l’accord INF (Forces Nucléaires Intermédiaires – 1987) entre les deux superpuissances nucléaires ; le retrait unilatéral par les Etats-Unis en 2018 de l’accord nucléaire avec l’Iran ; l’expiration imminente (2021) du Traité New-START (2010) entre les États-Unis et la Russie, qui limite et contrôle le nombre d’armes nucléaires stratégiques et les pronostics pessimistes de son éventuelle prolongation ; ou encore à l’exaspération des pays non nucléarisés membres du TNP de constater l’absence de progrès en matière de désarmement alors que la conférence de révision du TNP sera organisée au printemps 2020. Des progrès difficilement envisageables vu les programmes de modernisation des arsenaux nucléaires que les principales puissances nucléaires sont en train de mettre en place.

De nouvelles bombes et de nouveaux avions en Belgique, dans un état d’esprit agressif

 Si l’Assemblée parlementaire de l’OTAN traite d’un tel sujet ces dernières semaines, ce n’est évidemment pas pour rappeler une situation qui perdure depuis près de 50 ans maintenant, mais bien plutôt pour envisager le futur. Et celui-ci est menaçant : « L’état d’esprit [de l’OTAN] qui voulait aménager un espace de collaboration stratégique positive avec la Russie est remplacé par la volonté forte de remettre en évidence la garantie suprême [l’armement nucléaire] de l’OTAN ». C’est donc dans ce nouvel état d’esprit que le rapport rappelle que les bombes nucléaires présentes en Belgique vont être remplacées, et que les 34 avions de combat F35 que le gouvernement vient de commander pourraient faire perdurer la collaboration de notre armée à la potentialité d’une guerre nucléaire.

C’est durant cette législature que l’on décidera, ou pas, de doter les futurs (potentiels) F35 belges de la capacité d’emport nucléaire. C’est également durant cette législature que les nouvelles bombes B61-12 devraient être déployées en Belgique.

Ce projet est connu depuis 2012, date à laquelle l’administration Obama lançait le programme « B61-12 Life Extension Program ». Elle est rappelée dans la nouvelle doctrine de dissuasion nucléaire américaine (NPR – 2018), sous la présidence de Donald Trump qui prévoit la mise au point de deux nouveaux types d’ogives nucléaires « plus petites et plus facilement déployables » (des mini-nukes, catégorie à laquelle appartiendront les futures ogives B61-12). Le scénario pris en compte dans le NPR est celui de l’utilisation de ces mini-nukes dans le cadre d’une riposte rapide, afin de pénétrer les défenses anti-aériennes russes.

Ces mini-nukes sont un élément de plus qui souligne l’abaissement continu du seuil du recours à la bombe nucléaire. Avec lui, la probabilité que les pilotes belges, formés et entraînés au transport et au largage des bombes atomiques entreposées sur notre territoire, participent à un conflit nucléarisé augmente drastiquement.

Des partis politiques bien au courant et qui ont pris position

Durant la campagne électorale, la CNAPD et la coalition belge contre les armes nucléaires ont tenté de faire émerger ces questions essentielles. Un sondage a été organisé auprès de la population belge sur ces différents projets et un questionnaire a été envoyé à l’ensemble des partis politiques francophones et néerlandophones.

Les réponses des partis politiques francophones révèlent que tous, à l’exception du MR, sont disposés à s’opposer au déploiement des ogives B61-12, à ne pas doter les (potentiels) futurs F35 belges de la capacité nucléaire et à signer et ratifier le nouveau Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Ces réponses concordent avec les résultats de l’enquête d’opinion qui révèle la volonté de la population belge de voir le prochain gouvernement travailler effectivement à l’avènement d’un monde débarrassé de la menace atomique. C’est ici et maintenant que l’occasion nous en est donnée.

 

Contact presse : Samuel Legros – samuel.legros@cnapd.be – 0484/64.57.92

 

[1] « Dans le contexte de l’OTAN, les Etats-Unis déploient environ 150 bombes nucléaires B61 en Europe, qui peuvent être utilisées tant par les avions de combat à double capacité étatsuniens qu’alliés. Ces bombes sont entreposées dans 6 bases américaines ou européennes – Kleine Brogel en Belgique, Büchel en Allemagne, Aviano et Ghedi-Torre en Italie, Volkel aux Pays-Bas et Inçirlik en Turquie  » (notre traduction)

[2] « Les déclarations [du sommet de l’OTAN de 2018] soulignent la nécessité que ces bombes nucléaires américaines soient, si nécessaire, déployées et larguées par les avions à double capacité alliés ».  

Avatar

Judith Saintes

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.