Durant la nuit de nouvel an 1994, à 00h30, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) lance son soulèvement armé au Chiapas (Sud-est du Mexique). Elle occupe quelques heures durant, la mairie San Cristobal de Las Casas et celles de deux autres municipalités. Les insurgés repartent ensuite dans les Altos (les Hautes Terres) du Chiapas.
Le moment de ce soulèvement n’est pas choisi au hasard par les zapatistes menés par le Sous-commandant Marcos. Il est en effet lancé une demi-heure après l’entrée en vigueur de l’ALENA, l’accord de libre-échange Nord-américain, qui cristallise les violations des droits sociaux, économiques et politiques des populations du Chiapas ; qui réclament l’autonomie et s’entraînent dans cet objectif depuis plusieurs années.
Dès la fin de l’année 1994, les zapatistes mettent en place un système politique auto-géré, basé sur la création de communes autonomes (municipios autonomos). Ils et elles créent également des « conseils de bon gouvernement » (Juntas de Buen Gobierno) qui doivent coordonner l’action de ces communes. Ces centres régionaux sont nommés Caracoles (escargots), pour illustrer la révolution zapatiste comme processus lent, réfléchi, continu et déterminé. Ces organes de gouvernement autonome sont indépendants de la structure politico-militaire de l’EZLN: ceux qui y occupent des responsabilités ne peuvent être membres des conseils autonomes.
En réponse à ce soulèvement armé, le gouvernement mexicain organise une guerre de basse intensité au Chiapas. Plusieurs moments meurtriers contre les populations autonomes du Chiapas sont consignés, comme en décembre 1997, en mai 2014 ou encore durant l’été 2015.
Depuis 2001, les zapatistes ont déclaré officiellement continuer la rébellion en défendant une voie d’autogestion et en pérennisant leurs systèmes parallèles d’éducation, de santé, de justice et de collectivisation.
L’expérience zapatiste perdure aujourd’hui. Elle s’étend sur une région de 28 000 kilomètres carrés (l’équivalent de la superficie de la Belgique) couvrant plus d’un tiers de l’État du Chiapas. Elle est la plus importante expérience d’autogouvernement collectif de l’histoire moderne.
