Ce lundi 20 février, une délégation d’Abolition 2000 – Belgique (CNAPD, Vrede VZW et Vredesactie) s’est rendue au cabinet du Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. Cet entretien avait deux objectifs principaux : le premier étant de savoir comment allait évoluer la politique de la Belgique en matières d’armes nucléaires au regard du nouvel accord de gouvernement. Le deuxième objectif étant de connaître la position que notre Gouvernement allait défendre dans le cadre du processus de révision de la stratégie de dissuasion et de défense (entérinée au prochain sommet de l’OTAN au mois de mai)

 Le nouvel accord de gouvernement (décembre 2011) comprend en effet un passage à propos du désarmement nucléaire. Si celui-ci ne mentionne pas directement un engagement en faveur du retrait des armes nucléaires tactiques américaines de notre territoire, il comprend tout de même quelques engagements :

« Le Gouvernement plaide pour une revitalisation et le respect du Traité de non-prolifération. Il agira résolument en faveur d’initiatives internationales pour un désarmement plus poussé – y compris nucléaire – et pour l’interdiction de systèmes d’armes à portée indiscriminée. »

« Restons réalistes »

D’emblée, le Chef de cabinet souligne la continuité voulue entre la politique du Ministre Reynders et de celle de son prédécesseur, Steven Vanackere, dont il souligne la « quasi-identité idéologique en matière d’armes nucléaires ». Ainsi, nous pouvons nous attendre à la perpétuation d’une politique d’initiatives hésitantes menées en catimini au sein des instances de l’OTAN, sans brusquer nos alliés.

La doctrine associée est celle du réalisme et de la sécurité : « le niveau le plus bas possible d’armes nucléaires pour une sécurité maximale ». Le discours de Prague du Président Obama pour un monde sans armes nucléaires s’éloigne inexorablement.

Le Cabinet soutient pourtant partager notre analyse de l’inutilité des bombes nucléaires tactiques présentes sur le territoire belge et européen mais souligne la sécurité politique qu’elle représente, surtout aux yeux des pays alliés des balkans , qui identifient toujours la Russie comme une menace et qui craignent que le rôle de défense collective remplie par l’OTAN ne soit réduit si les armes nucléaires tactiques sont retirées.

Les armes nucléaires tactiques sont en outre, nous apprend-on, encore considérées comme une monnaie d’échange entre les russes et les américains vers plus de désarmement. Ainsi, le retrait des armes nucléaires tactiques ne pourrait être envisagé qu’avec l’exigence que les russes désarment eux-aussi.
Le Cabinet semble pourtant partager notre analyse selon laquelle les russes ne voudront sûrement pas désarmer plus avant étant donné la supériorité en armement conventionnel de l’OTAN… sauf un geste préalable et constructif des États-Unis…

L’OTAN définit donc encore toujours les contours de notre politique de défense et de sécurité. Et celle-ci, 20 ans après la chute du mur de Berlin, reste largement définie sous le prisme de la Guerre Froide.

Si l’armement de l’un est proportionnel à l’armement de l’autre et que cette proportionnalité est fonction du sentiment de menace que ressent l’un et l’autre, la solution ne serait-elle pas de faire des pas de confiance l’un vers l’autre et de diminuer le sentiment de menace ?

Les États-Unis sont ainsi le seul pays à entreposer des armes en dehors de son territoire, depuis la Guerre froide et directement tournée vers la Russie. Voilà en substance le même argument employé par Willy Claes, Jean-Luc Dehaene, Louis Michel et Guy Verhofstadt dans leur carte blanche du 19 février 2010 quand ils écrivent que : « L’idéal est que ceci (le retrait des armes nucléaires) se fasse en négociation avec la Russie, afin de réaliser une réduction proportionnelle des armes russes. Néanmoins, il faut parfois avoir l’audace de montrer l’exemple, dans l’espoir que d’autres s’en inspirent. »

L’OTAN est plus importante que la démocratie

La demande de retrait des armes nucléaires de Kleine Brogel est soutenue par une très grande partie de la société belge.

Ainsi, dernièrement, 150 organisations belges, académiques et politiques de gauche comme de droite ont signé un appel d’Abolition 2000 – Belgique pour le retrait des armes nucléaires tactiques, s’ajoutant aux milliers de personnes qui se mobilisent, au travers de pétitions, manifestations, et actions de désobéissance civile depuis de nombreuses années.

Comment la position hésitante du Ministre Reynders peut-elle s’accorder avec cette demande démocratique ? Selon le Chef de Cabinet du Ministre, « Nous devons rester réaliste. Tant qu’il n’existe pas de consensus à l’intérieur de l’OTAN sur la question, les armes nucléaires ne seront pas retirées ».
La cohésion des membres de l’Alliance est donc plus importante que la démocratie.

Le Gouvernement interdit les armes nucléaires, mais pas encore

Dans sa Déclaration de politique générale, le Gouvernement souligne qu’il « agira (…) pour l’interdiction de systèmes d’armes à portée indiscriminée »

Interdire des systèmes d’armes à portée indiscriminée revient à interdire, notamment, les armes nucléaires. Les plus optimistes pourraient penser que cette phrase revient à interdire la présence d’armes nucléaires sur le sol belge.

Or, à la question de savoir comment le ministre des affaires étrangères interprète ce paragraphe, son chef de cabinet nous répond que celui-ci concerne « les armes qui pourraient être utilisées ». Le Gouvernement belge attendrait donc qu’une arme soit utilisée pour les interdire ? Et si cela veut dire que les armes entreposées sur le territoire belge ne seront quoi qu’il arrive jamais utilisées – pardon d’être prosaïques – alors pourquoi les garder ?

Récemment, la Belgique a voté contre un projet de Traité proposé à l’Assemblée Générale des Nations-Unies interdisant l’utilisation, le maintien, le développement ou la production d’armes nucléaires.

D’après le Cabinet, « comme membre de l’OTAN, nous ne pouvons souscrire à un tel Traité »… La Norvège, autre membre de l’OTAN, ne pense apparemment pas de la même manière puisqu’elle s’est prononcée en sa faveur.

En attendant, le temps est pourtant propice aux questions de désarmement nucléaire étant donné que l’OTAN est amenée à revoir sa politique de dissuasion et de défense – et donc sa politique nucléaire – au mois de mai prochain. Dans ce cadre, en réponse à une question parlementaire, le Ministre Reynders soulignait les contacts récurrents qu’il avait avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Pologne afin de mettre la question des armes nucléaires tactiques à l’ordre du jour de l’agenda otanien.

Il faut désormais porter notre attention, dans la perspective du Sommet de Chicago, à ce que le débat soit forcé et de donner un signal très clair pour que les armes tactiques américaines soient retirées d’Europe.

Un Moyen-Orient sans armes nucléaires ?

Cette année, une conférence pour un « Moyen-Orient sans armes nucléaires » doit avoir lieu à Helsinki (date non encore communiquée). A notre question de savoir quelle politique allait défendre le Ministre dans ce cadre, le Cabinet a souligné les grandes inquiétudes par rapport à l’Iran. Quant à aux armes nucléaires israéliennes (qui n’a, contrairement à l’Iran, pas signé le Traité de non-prolifération), la différence est notable selon le Cabinet qui note qu’Israël est un partenaire fiable et de confiance : « les rules of engagement sont claires », contrairement à l’Iran. Qu’Israël ait à maintes reprises attaqués ses voisins n’entre apparemment pas en ligne de compte. Un Conseiller du Cabinet s’empresse tout de même de souligner qu’il n’y a pas de « deux poids, deux mesures ».

Ainsi, pour le Cabinet du Ministre Reynders, le problème n’est pas l’arme nucléaire en tant que telle, mais bien ceux qui la détiennent. Aux pays membres de l’OTAN, maintenant, de décerner les lauréats.

Samuel Legros

Samuel Legros

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