La diplomatie belge veut utiliser la voie des armes pour imposer la paix. Un non sens qui indigne les mouvements de la paix comme la CNAPD. Il est des chemins diplomatiques qui ont montré plus de résultats que les boulets des canons : condamner les pays soutenant les groupes armés dans l’Est de la RDC, suspension des accords militaires avec le Rwanda… ne sont que quelques-unes de ces solutions. La diplomatie est par définition la conduite de négociations entre les personnes, les groupes ou les nations en réglant un problème sans violence, une définition dont Didier Reynders semble faire peu de cas.

 « La France est intervenue sans problème au Mali ». Voilà un argument inacceptable car l’Intervention française n’a pas été approuvée par l’ONU. Mais de plus l’invoquer par Monsieur Reynders, Ministre belge des Affaires étrangères, pour cautionner une éventuelle levée de l’interdit de l’envoi de troupes belges dans la région des Grands Lacs est scandaleux. Cette éventualité est lancée par Didier Reynders au moment où, à Addis-Abeba, un accord-cadre est signé par les 11 pays de la région, balisant une route pour l’endiguement des violences à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Une de ces balises tient au renforcement de la Mission des Nations-Unies sur place (la Monusco), désormais une mission d’« imposition » de la paix (après que cette même mission ait « maintenu » la paix). Monsieur Reynders soutient ainsi que « La Belgique ne peut continuer à plaider pour un renforcement du mandat de la mission de l’ONU au Congo tout en disant qu’elle ne peut elle-même y prendre part » (sic).

La diplomatie belge – armée dans ce cas – prend-elle part à tout ce pour quoi elle plaide ? Non. Et il serait dangereux qu’il en soit ainsi. Si, pour l’heure, la participation belge à la Monusco n’est pas envisageable, la proposition du Ministre des Affaires étrangères n’en est pas moins révélatrice d’une dangereuse déviance dans les relations internationales. En effet, au même titre que François Hollande qui reçoit le Prix Félix Houphouët-Boigny (Unesco) pour la recherche de la paix, « pour sa haute contribution à la paix et à la stabilité en Afrique », la déclaration de Didier Reynders surfe sur la tendance lourde à militariser toutes les réponses aux crises ; évitant par là d’avoir à affronter les causes des situations qu’on dit combattre – et entraînant, soit dit en passant, une présence armée sur le terrain.
Ces appétits interventionnistes sont-ils la preuve la plus aboutie d’une poursuite de la paix ?

La Belgique a-t-elle condamné fermement et publiquement le Rwanda et l’Ouganda pour leur soutien aux groupes armés dans l’Est de la RDC ? Non. La Belgique a-t-elle montré l’exemple dans la suspension de ses accords militaires avec le Rwanda ? Non. La Belgique impose-t-elle des règles aux entreprises nationales dans l’exploitation (directe ou indirecte) des ressources naturelles du Congo, sources de la violence ? Non.

La paix ne s’impose pas, elle doit se construire sur le silence des armes. En RDC comme ailleurs. L’intervention militaire n’est pas une réponse pérenne, surtout quand il est fait peu de cas au quotidien, des alertes de la société civile sur la dégradation des situations de crise.

La question de savoir si oui ou non on va réétudier les conclusions de la Commission Rwanda, qui a abouti à l’interdiction faite à l’armée belge d’intervenir dans la région des Grands Lacs, est donc une fausse question ; mais une question d’actualité à l’heure où la stature internationale s’acquiert apparemment à la force du canon.

Au nom du Conseil d’administration de la CNAPD,
Eric Remacle, Président

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