Ce mardi 20 septembre à 17h aura lieu une grande mobilisation contre le TTIP[1]  et son cheval de Troie, le CETA[2]. Si la signature du premier est timidement mise en cause par certains dirigeants européens, le deuxième est lui en passe d’être signé et ratifié par les différents États concernés. Tous deux proposent pourtant finalement la même chose.

Attaques vitales contre les services publics, normes sociales, sanitaires et environnementales au rabais, perte de souveraineté des États au profit des multinationales, les raisons sont pléthores pour s’opposer au principe même de ce qui se négocie en sourdine. La question est alors lancinante : pourquoi cette fuite en avant dans des négociations qui vont assurément amoindrir le bien-être des populations qui en seront victimes ? Une dévotion toute religieuse au credo de la croissance ? Une foi sans borne dans la Main invisible du marché – occidental ? Peut-être. Mais probablement que la raison est également plus terre-à-terre comme le rappelle l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, Anthony Gardner : « nous avons besoin de cet accord pour consolider et aider à consolider davantage l’alliance transatlantique, pour fournir un équivalent économique à l’OTAN, et pour fixer les règles du commerce mondial avant que d’autres ne le fassent pour nous »[3].

Ce sont donc des « raisons géostratégiques critiques » et un « intérêt vital » qui expliquent la nécessité de signer ces accords. L’Europe, les États-Unis et le Canada doivent revoir leurs priorités stratégiques et leur place dans le monde. Sans l’établissement de ces zones de libre-échange, le risque serait de céder aux pays émergents l’influence économique et politique d’une manière qui pourrait saper la stabilité mondiale, la prospérité occidentale et les valeurs fondamentales de la démocratie libérale. Rien que ça. Dès lors et plus que jamais, l’Europe, les États-Unis et le Canada doivent s’engager pour « gagner le maximum de temps » face à l’émergence inéluctable de nouvelles puissances économiques. Ils doivent « gérer le plus grand déplacement du pouvoir économique et militaire depuis le 19ème siècle »[4]. C’est pourquoi Hillary Clinton a qualifié, comme d’autres, le TTIP d’ « OTAN économique » : « si nous voulons maintenir notre rôle d’hégémon économique global, les États-Unis et l’Europe doivent élever leur coopération économique au niveau de leur coopération sécuritaire et militaire ». Notre ancien Commissaire européen au commerce national, Karel De Gucht ne disait pas autre chose quand il rappelait que le TTIP « concerne le poids du monde libre dans les affaires économiques et politiques mondiales ».

On le voit, le TTIP et le CETA concentrent tout ce qu’on peut abhorrer du système économique, politique et sécuritaire proposé depuis la deuxième Guerre mondiale et tout au long de la Guerre froide. Leur signature serait une fuite en avant criminelle. Se mobiliser contre le TTIP et le CETA, c’est se lever contre l’érosion de la démocratie, c’est s’opposer à la marchandisation croissante du vivant, c’est lutter pour l’intérêt de la collectivité.

Vu l’« intérêt géostratégique » de ces traités, se mobiliser contre le TTIP et le CETA, c’est aussi revendiquer un monde plus en paix.

[1] (Transatlantic trade and investment partnership ou PTCI – partenariat transatlantique de commerce et d’investissement entre les Etats-Unis et l’Union européenne)

[2] (Comprehensive Economic and Trade Agreement ou, en français, l’AECG – l’accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne)

[3] “US Ambassador: Beyond growth, TTIP must happen for geostrategic reasons”. http://www.euractiv.com/section/trade-society/interview/us-ambassador-beyond-growth-ttip-must-happen-for-geostrategic-reasons/ , juillet 2014.

[4] « An Economic NATO: A New Alliance for a New Global Order”, policy paper de l’Atlantic Council, février 2013, http://www.atlanticcouncil.org/images/files/publication_pdfs/403/tar130221economicnato.pdf

Samuel Legros

Samuel Legros

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