Un an après le début de la révolte en Syrie, peut-on espérer le choix de la voix du dialogue ? Une sortie de crise non-violente et diplomatique est-elle encore possible ?

 La voie des armes ou celle du dialogue ?

Voilà exactement un an que le soulèvement syrien a commencé. La nomination de Kofi Annan comme émissaire de l’ONU et de la Ligue Arabe pour la Syrie paraît être une piste à même de débloquer une situation depuis trop longtemps figée. La semaine d’accalmie politique et médiatique qui a suivi sa nomination augurait à cet effet d’une phase de travail positif où le spectre de l’intervention armée s’éloignait à mesure que la piste du dialogue se précisait.

Le discours régional et occidental d’appel à l’intervention armée et de soutien sans failles à une partie de l’opposition syrienne devenait apparemment de moins en moins crédible, au fur et à mesure du travail de sape des tentatives de dialogue et d’actions diplomatiques (pensons notamment à l’arrêt inopiné de la mission d’observation de la Ligue Arabe ou à la dérision portée aux appels russes au dialogue).

Jusque là, la polarisation du discours autour de l’unique question d’une intervention armée pour « protéger les civils » a étrangement balayé d’autres modalités de sortie de crise, non-violentes et diplomatiques qui, pour d’autres situations à d’autres moments, auraient été privilégiées ; en biaisant en outre totalement l’analyse en ne faisant pas état des véritables conséquences de toute intervention armée.

La seule issue possible, longue, ardue, courageuse est celle du dialogue réunissant tout le spectre de la population syrienne. Les acteurs qui s’opposent à tenter cette voie peuvent dévoiler ainsi leur opposition à une sortie de crise qui ne soit pas celle qu’ils voudraient imposer. Il faut donc rester vigilant à ce que la mission de Monsieur Annan ne soit présentée, comme nous le constatons déjà par endroit aujourd’hui, comme une mission « vouée à l’échec » et un paravent derrière lequel on se cache pour démontrer qu’ « on a tout essayé ».

Les exactions inqualifiables du régime syrien à l’encontre des revendications populaires et pacifiques de la population ont lentement fait glisser la situation vers un affrontement armé, entre les troupes du régime et l’ « armée syrienne libre » entraînant une fracture dans la population syrienne entre une partie qui soutient le processus de transition politique et une autre lui préférant la lutte armée, convoquant par ce choix les mêmes exactions qu’elle entendait dénoncer, soutenue dans cette tâche par le matériel et les enseignements de l’étranger .

Le plan en 6 points de la Chine

La violence d’où qu’elle vienne, doit être dénoncée par chacun avec rigueur, parce qu’elle véhicule la négation des valeurs humanistes. Ainsi, bien que les débats qui ont eu lieu hier augurent d’un nouveau dialogue de sourds, gageons tout de même que le Conseil de Sécurité fasse droit à la nouvelle proposition de « plan en 6 points » de la Chine qui demande que « le Gouvernement syrien et toutes les parties concernées cessent immédiatement, complètement et sans conditions tout acte de violence, particulièrement à l’encontre des civils innocents. Les différentes factions en Syrie doivent pouvoir exprimer leurs aspirations politiques de manière non-violente » ; en ajoutant que « le Gouvernement syrien et les différentes factions doivent garder à l’esprit les intérêts fondamentaux et sur le long terme de leur pays et de leur peuple et lancer immédiatement un dialogue politique inclusif sans préconditions ou résultats prédéterminés au travers d’une médiation impartiale de l’Envoyé Spécial des Nations Unies et de la Ligue Arabe ».

Isabelle Grippa
Présidente

CNAPD

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