Depuis plus d’un demi-siècle, le Sahara Occidental demeure l’un des derniers territoires sous occupation inscrits à l’agenda des Nations Unies. Cinquante années durant lesquelles le peuple sahraoui n’a jamais cessé de défendre son droit inaliénable à l’autodétermination. L’occupation marocaine est née de la trahison de l’Espagne post-franquiste qui, en novembre 1975, abandonna illégalement sa responsabilité de puissance administrante en livrant le territoire au Maroc et à la Mauritanie, en violation directe du processus de décolonisation exigé par l’ONU.
Dès 1975, organisé autour du Front Polisario — reconnu par les Nations Unies comme son représentant légitime – le peuple sahraoui a engagé une lutte de libération nationale contre les puissances occupantes de son territoire. Depuis lors, cette lutte se déploie sur tous les terrains : politique, diplomatique, juridique et militaire lorsque les circonstances l’imposent.
Chassés de leurs terres par les bombardements au napalm et la répression menée par l’armée marocaine, avec le soutien de l’aviation française, plus de 175.000 Sahraouis ont trouvé refuge dans le grand sud algérien. Loin d’être des lieux d’abandon, les camps sahraouis constituent l’expression d’une capacité collective exceptionnelle d’organisation et de résistance. Dans des conditions extrêmement difficiles, les réfugiés ont construit une société structurée, fondée sur l’éducation, la participation démocratique, l’égalité sociale et la solidarité. Cette organisation politique, sociale, culturelle et économique préfigure concrètement l’État sahraoui en devenir : la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée le 27 février 1976.
La lutte et la résistance sahraouies s’inscrivent pleinement dans le mouvement historique de décolonisation africain. La RASD siège aujourd’hui comme membre à part entière de l’Union africaine, affirmant la reconnaissance continentale du droit inaliénable à l’autodétermination du peuple sahraoui. Aux Nations Unies, le Sahara Occidental demeure inscrit parmi les territoires non autonomes, plaçant l’ONU face à sa responsabilité d’assurer l’exercice du droit à l’autodétermination. C’est dans ce cadre qu’a été créée la MINURSO — Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental — référendum toujours empêché par la puissance occupante marocaine et par l’absence de volonté politique de certains membres permanents du Conseil de sécurité, notamment la France et les Etats-Unis.
En Europe également, le Front Polisario mène un combat juridique et politique déterminant. Devant le Parlement européen et la Cour de justice de l’Union européenne, il a contesté les accords d’association UE-Maroc incluant illégalement les territoires et les eaux sahraouies. La Cour a clairement établi que :
- le Sahara Occidental est un territoire distinct et séparé du Maroc ;
- le Maroc n’exerce aucune souveraineté sur ce territoire ;
- toute exploitation des ressources naturelles nécessite le consentement du peuple sahraoui.
Ces décisions confirment une évidence juridique fondamentale : nul ne peut disposer des richesses d’un territoire colonisé sans l’accord de son peuple.
Pourtant, malgré le droit international, les États-Unis et plusieurs gouvernements européens — sous l’influence déterminante de la France et de l’Espagne — continuent de soutenir l’occupation marocaine. En privilégiant intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires à court terme, ils violent quotidiennement les droits fondamentaux du peuple sahraoui et cherchent à légitimer une tentative d’annexion déguisée sous le nom de « plan d’autonomie ».
Cette politique vise à entériner un fait accompli colonial au profit de l’exploitation des ressources d’un territoire riche et stratégique, situé à la jonction entre l’Atlantique et la Méditerranée. Pendant ce temps, un mur militaire de plus de 2.700 kilomètres, entouré de millions de mines antipersonnel, continue de diviser le Sahara Occidental, symbole concret d’un ordre international à géométrie variable.
Malgré ces obstacles, la lutte du peuple sahraoui demeure exemplaire. Elle rappelle que la décolonisation n’appartient pas au passé mais constitue encore un combat contemporain pour l’égalité entre les peuples et le respect du droit international. Par sa capacité d’organisation, sa résilience politique et sa constance diplomatique, la cause sahraouie incarne aujourd’hui l’un des derniers grands combats anticoloniaux de notre époque.
Notre solidarité avec le peuple sahraoui et la défense de son droit à l’autodétermination constituent un engagement politique fondamental. Soutenir la cause sahraouie, c’est défendre le droit international, protéger la coexistence des peuples dans une région importante et exiger que les Nations Unies redeviennent l’outil central du respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
À l’occasion du cinquantième anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique, une vérité demeure : aucun peuple ne renonce à sa liberté. La paix ne peut naître ni de l’occupation ni du fait accompli, mais uniquement de la justice et du respect du droit à l’autodétermination des peuples.
