/ Édito /

Il fallait avoir le cœur bien accroché pour écouter le discours du secrétaire d’État Marco Rubio lors de la conférence sur la sécurité de Munich du 14 février dernier. Durant une vingtaine de minutes, le visage « rassurant » de Donald Trump à l’international s’est livré à un panégyrique de l’Occident aux accents impériaux plus décomplexé que jamais.  « Pendant cinq siècles, avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident s’est développé – ses missionnaires, ses pèlerins, ses soldats, ses explorateurs ont quitté ses rivages pour traverser les océans, coloniser de nouveaux continents, bâtir de vastes empires s’étendant sur toute la planète.»  Il appela en outre à enrayer le « déclin » provoqué selon lui par la décolonisation, assimilée à un complot communiste, et à  « construire un nouveau siècle occidental » basé sur la domination, qui tournerait le dos au multilatéralisme.

Le sentiment de nausée ne tenait toutefois pas tant à cette soupe revancharde qu’à la « standing ovation » que lui a réservée le gratin de l’élite européenne présente dans la salle. Il y a un an, la même assistance avait été pétrifiée par la « guerre culturelle » qu’y avait été lancée par le Vice-Président étatsunien J-D Vance. « la plus grande menace qui plane sur le Vieux Continent n’est ni la Russie ni la Chine, mais son renoncement à ses valeurs fondamentales », avait alors affirmé le n°2 de Trump, avant d’enchaîner les éléments de langage de l’extrême droite.

Il aura donc suffi de flatter l’inconscient colonial, et, disons-le, suprémaciste des Européens pour faire oublier l’ingérence, la guerre commerciale ou encore le Groenland. Désormais, les larmes ont fait place aux soupirs de soulagement, sans que le projet de société prôné par Washington ait changé pour autant – le « culte du climat » et l’« immigration de masse » sont toujours désignés comme l’ennemi. Tant qu’elle est embarquée dans l’aventure néo-impériale, l’élite continentale s’accommode parfaitement de la contre-révolution réactionnaire de l’hôte de la Maison-Blanche. N’avaient-ils d’ailleurs pas été nombreux, à l’instar de notre ministre de la Défense Théo Francken, à voir dans la capture du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro par les Marines une victoire contre les « anti-occidentaux » ?

Du reste, la croisade civilisationnelle ainsi proposée n’a pourtant rien d’un partenariat, et tout de la vassalisation. Dans cette vision, nos États sont priés de suivre aveuglément Washington dans ses prédations globales en espérant qu’elles ruissèlent sur nous, tout en se « muséifiant » conformément aux canons traditionnalistes.

Cet épisode proprement « munichois », au sens de 1938, offre un aperçu de ce que pourrait être une Europe sous la coupe des alliés idéologiques de Trump. Une Europe alignée sur des intérêts qui ne sont pas les siens, où le concept mythifié de souveraineté serait en réalité vidé de sa substance et réduit à un folklore identitaire rance.

L’Histoire européenne enseigne à suffisance ce à quoi conduit la confrontation d’empires sûrs de leur toute puissance et de leur droit naturel à dominer les autres. Il convient de s’en rappeler avec force, si l’on souhaite éviter le chaos mondial vers lequel le roman occidentaliste décrit par Rubio et ses affidés nous rapproche inexorablement.


Grégory Mauzé,  co-président de la CNAPD

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