La jeunesse s’engage, le gouvernement réprime

Vendredi 9 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Bruxelles contre les politiques d’austérité du gouvernement Arizona. Parmi elles, de nombreux·ses jeunes venu·es défendre leur droit à l’éducation, leur avenir et leurs conditions de vie. La réponse des autorités ? Des gaz lacrymogènes, des canons à eau, des charges policières et des arrestations, majoritairement de mineur·es. Pour la CNAPD et les organisations signataires, ces événements s’inscrivent dans une dérive plus large : la militarisation croissante de notre société et la criminalisation de celles et ceux qui osent contester.

Police partout, respect de la loi nulle part

Les violences policières rapportées lors de cette mobilisation ne peuvent être réduites à de simples incidents de maintien de l’ordre. Les jeunes témoignent de coups, de nasses (jugées illégales par le tribunal de première instance de Bruxelles en mars 2025 et à l’égard desquels la Belgique a fait l’objet, à plusieurs reprises, de critiques ou de préoccupations exprimées par des institutions internationales de défense des droits humains), de gazages, de contrôles au faciès. 

Plus récemment, et de façon préoccupante, de nombreux témoignages mettent en avant des confiscations de pancartes, de matériel destiné à se protéger des gaz lacrymogènes, ainsi que du sérum physiologique pour s’en soigner. Des agent·es ont également procédé à des interventions sans numéro d’identification visible, empêchant ainsi les possibilités de recours et de mise en cause de leurs responsabilités. Chaque nouvelle contestation citoyenne est un prétexte pour réclamer davantage d’armes, de surveillance et de pouvoirs coercitifs, à l’instar de la ville de Liège qui interdit désormais les rassemblements de plus de trois personnes. Il nous semble pourtant que le concept de démocratie s’assortit mal de coups de matraque sur des enfants et de l’interdiction de se réunir.

Au-delà de ces dernières manifestations, la CNAPD est interpellée par le durcissement global des politiques de maintien de l’ordre. Depuis plusieurs mois, nous dénonçons la normalisation de la présence militaire (illégale) dans l’espace public, présence militaire qui est également déployée avec la police dans la répression des manifestations populaires et démocratiques.

Le contrôle au faciès, arme de répression et de criminalisation des jeunes racisé·es

En sus de la répression indifférenciée subie par les cortèges scolaires et étudiants, les témoignages (vidéos de témoins) et les retours de terrain révèlent un ciblage intolérable subi par les élèves racisé·es*. Dans la cohue des interventions policières et des barrages, ce sont majoritairement les jeunes racisé·es qui ont fait l’objet de contrôles d’identité préventifs, de fouilles abusives de sacs d’école et d’interpellations ciblées. En liant arbitrairement la suspicion au faciès de l’élève plutôt qu’à une infraction commise, la police applique un profilage racial systémique qui transforme l’exercice d’un droit démocratique fondamental – manifester pour défendre son éducation et ses conditions de vie – en piège sécuritaire punitif. Cette double peine subie par la jeunesse racisée brise la confiance envers les institutions, véhicule un message d’exclusion et de rejet, et consacre une citoyenneté à deux vitesses en interdisant de fait la rue à toute une partie des jeunes. 

Les conséquences graves des armes prétendument non létales

L’utilisation de gaz lacrymogènes contre des cortèges comprenant des milliers d’enfants et des adolescent·e·s est révoltante. Ces substances provoquent des brûlures oculaires et cutanées, des difficultés respiratoires, une toux intense et une désorientation, de manière accentuée chez des enfants et adolescent·es. Les expositions importantes peuvent entraîner des lésions graves. Même si personne ne devrait en reçevoir, nous signalons que la dispersion des gaz est difficile à contrôler : ils touchent indistinctement les personnes présentes, qu’elles participent ou non à la manifestation. Par ailleurs, des études mettent en lumière des effets potentiellement néfastes de l’exposition au gaz lacrymogène sur les cycles menstruels, avec des témoignages de dérèglements menstruels anormaux, de règles douloureuses et même de fausses couches survenant dans les suites d’une exposition au gaz lacrymogène.

Pour ce qui est des conséquences psychologiques, que reste-t-il à un·e adolescent·e de sa première manifestation lorsque celle-ci se termine dans la panique, les yeux brûlants, à chercher de l’air ou à fuir des policier·ères ? Les violences policières peuvent laisser des traces psychologiques durables : peur, anxiété, sentiment d’insécurité, perte de confiance envers les institutions. Les conséquences de ces expériences sur les mineur·es qui exercent leurs droits et devoirs citoyens nous poussent à affirmer que la démocratie se dissipe en même temps que les gaz.

Une jeunesse à réduire au silence, pour mieux l’enrôler ?

D’un côté, le gouvernement Arizona investit massivement dans le réarmement et encourage les jeunes à rejoindre les rangs de l’armée. À l’initiative du ministre de la Défense Theo Francken, 149 000 jeunes de 17 ans ont été invité·es, à travers une lettre officielle de la Défense, à envisager un service militaire volontaire en 2025. De l’autre, lorsque cette jeunesse décide de s’engager dans la vie démocratique, de manifester et de défendre ses droits, ce même Théo Francken affirme qu’il est temps de leur faire rencontrer des FN303, pour reprendre le contrôle. Il s’agit d’une arme à létalité réduite, mais une arme létale tout de même. Ajoutons à celà les déclarations de redressement de ces jeunes dans des camps militaires par ce même ministre après les manifestations et violences policières du 14 juin dernier.

Le message politique est glaçant : on encourage les jeunes à apprendre à manier les armes, mais on supporte difficilement qu’iels prennent la parole. À travers la plateforme Service for Peace, la CNAPD dénonce depuis plusieurs mois cette volonté de normaliser le réflexe militaire auprès des nouvelles générations.

Un gouvernement démocratique doit-il se protéger de sa population ?

La CNAPD refuse cette vision autoritaire de la sécurité, dans laquelle chaque revendication sociale appelle une réponse policière et chaque crise justifie une nouvelle escalade répressive. La sécurité repose d’abord sur l’accès à l’éducation, à la santé, au logement, à la justice sociale et climatique et au respect des libertés fondamentales.

Il est révoltant de demander à la population d’accepter des sacrifices budgétaires au nom de la rigueur, tout en consacrant des milliards supplémentaires à la militarisation, plus encore lorsque celles et ceux qui contestent ces choix politiques sont accueilli·es par la force.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, et le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, doivent répondre des pratiques des forces de police placées sous leurs responsabilités respectives. Comment justifier un tel déploiement de force face à une mobilisation comptant de nombreux·ses mineur·es ? À quel moment a-t-on accepté que l’expression d’un désaccord politique devait être traitée comme une menace sécuritaire ?

Nous exigeons que les violences policières commises lors des mobilisations fassent l’objet d’enquêtes indépendantes, que les responsabilités politiques et policières soient établies et que l’usage des armes de maintien de l’ordre, particulièrement en présence de mineur·es, soit profondément remis en question. Nous appelons également à la fin de la militarisation de l’espace public et à garantir pleinement les libertés de réunion, d’expression et de manifestation.

*Racisé : Une personne qui est assignée à une «race» au sens social et perçue à travers des stéréotypes, et qui subit de ce fait des discriminations, des préjugés ou des oppressions en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de son apparence. 

Signataires: 

  • CNAPD
  • MJS 
  • ProJeuneS
  • JFGTB
  • Agir Pour La Paix
  • Forum Nord Sud
  • Comité belge de soutien au peuple sahraoui
  • MRAX
  • iMouvement Présence et Action Culturelles 
  • CSO
  • Quinoa
  • Attac Bruxelles
  • MOC
  • Comac
  • Mrax
  • Association Joseph Jacmotte
  • Nation Humaine Universelle

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