Il y a aujourd’hui 9 ans, le 7 juillet 2017, 122 États des Nations Unies adoptaient le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN, aussi connu sous son acronyme anglophone TPNW). Un texte que beaucoup jugeaient impensable quelques années plus tôt : un traité qui interdit purement et simplement les armes nucléaires.
L’idée n’est pas sortie de nulle part. Elle est l’aboutissement d’une décennie de mobilisation portée par la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une coalition d’organisations non gouvernementales fondée en 2007. ICAN recevra d’ailleurs le prix Nobel de la paix en 2017, année de l’adoption du traité.
Le texte doit aussi beaucoup à la voix des hibakusha, ces survivant·es des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, dont les témoignages ont nourri tout le préambule du traité et ancré la démarche dans une logique humaine plutôt que strictement stratégique.
Contrairement au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968, qui organise la coexistence entre États dotés et non dotés d’armes nucléaires, le TIAN va plus loin : il interdit la mise au point, l’essai, la production, le stockage, le transfert, l’utilisation et même la simple menace d’utilisation de ces armes. Pour les États qui en possèdent et souhaiteraient y adhérer, il prévoit un mécanisme d’élimination (contrôlée et irréversible) de leurs arsenaux nucléaires.
Il aura fallu attendre la 50e ratification, obtenue en octobre 2020, pour que le TIAN entre en vigueur le 22 janvier 2021 : nous en avons donc fêté ses 5 ans en janvier de cette année.
Depuis l’entrée en vigueur, la communauté des États parties au Traité s’est réunie à plusieurs reprises à Vienne puis à New York pour faire vivre le texte. La troisième réunion, en mars 2025, a réaffirmé l’engagement collectif des signataires en faveur d’un monde débarrassé de l’arme nucléaire, dans un contexte international pourtant marqué par une instabilité croissante.
À ce jour, le TIAN compte 99 États signataires, dont 74 l’ont également ratifié. Aucun des États dotés de l’arme nucléaire (Chine, Corée du Nord, États-Unis, France, Inde, Israël, Pakistan, Royaume-Uni, Russie) n’y a adhéré. Idem pour les États membres de l’OTAN. Certaines de ces puissances se sont d’ailleurs opposées à la négociation du TIAN dès l’origine, estimant qu’un tel texte ignorait les réalités de sécurité internationale.
C’est précisément là que se joue le pari du TIAN : sa portée n’est pas d’abord juridique (car il ne lie que ses signataires) mais normative. Ses promoteurs misent sur un effet de stigmatisation progressive de l’arme nucléaire (à l’image de ce qui s’est produit pour les mines antipersonnel ou les armes chimiques), dans l’espoir qu’à terme, plus aucun État ne puisse revendiquer une telle arme sans s’exposer à la réprobation internationale.
En Belgique, la Coalition belge contre les armes nucléaires se mobilise depuis plusieurs années pour que notre pays rejoigne le TIAN. La Belgique héberge en effet, depuis plus de 60 ans, des armes nucléaires états-uniennes sur son territoire (à la base aérienne de Kleine Brogel) dans le cadre des accords de partage nucléaire de l’OTAN. Il s’agit d’une situation directement incompatible avec les engagements du Traité, et qui en plus a lieu sans information et consultation de la population belge – alors qu’elle met directement en danger tout le pays.

