Journée mondiale de l’aide humanitaire – 19.08

Le 19 août 2003, en pleine invasion étasunienne de l’Irak, l’attentat à la bombe sur l’hôtel Canal à Bagdad – alors siège des Nations Unies dans le pays – tue 22 travailleur·euse·s humanitaires, rappelant que celleux-ci sont à la fois digues latérales et victimes collatérales des crises. Depuis, le 19 août a été désigné comme journée mondiale de l’aide humanitaire.

Cette année-là, 87 travailleur·euse·s humanitaires avaient été tué·e·s dans le monde dans le cadre de leurs missions. Vingt ans plus tard, ce nombre a presque quintuplé, avec 383 travailleur·euse·s tué·e·s dans des zones de conflit en 2024, et plus de 1000 morts dans le personnel humanitaire sur les années 2023, 2024 et 2025.

Une crise de l’humanitaire

Ce tragique record prend place dans une séquence brutale pour l’aide humanitaire mondiale, particulièrement dépendante des cycles politiques nationaux. Avec les coupes drastiques de l’USAid – l’agence des Etats-Unis pour le développement international – décidées par l’administration Trump, et le retrait d’autres donateurs historiques (Allemagne, Japon, Turquie, …), un tiers des fonds humanitaires a disparu en seulement deux ans, passant de 47,4 milliards de dollars en 2023 à 33,3 milliards de dollars en 2025. Ainsi, tous les pays bénéficiaires d’aide humanitaire – à l’exception du Myanmar et de la Palestine – ont subi une perte de financement en 2025.

Encore faut-il que l’aide puisse accéder aux zones de crises, ce qui n’est pas le cas dans la bande de Gaza, où 37 ONG humanitaires mondiales sont toujours interdites d’accès par Israël, alors que les bombardements suivent leur cours sur ce territoire en état de crise alimentaire.

Les besoins, eux, ne diminuent pas avec les financements, bien au contraire. Fin 2025, 239 millions de personnes dans le monde étaient en besoin d’aide humanitaire, contre 132 millions en 2019. Les causes premières : l’augmentation des conflits et des catastrophes climatiques. Selon l’ONU, 2025 – et ses 130 conflits armés recensés dans le monde – est l’année qui a vu le plus de guerres depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Une crise de l’accueil

Conséquence directe de la multiplication des conflits, des populations sont contraintes de quitter leur pays en quête de protection. En Belgique, ce qu’on appelle la crise de l’accueil (le refus par Fedasil d’héberger des demandeurs d’asile hommes seuls), transformée peu à peu en une politique illégale mais constante de non-accueil (malgré les 11 000 condamnations de Fedasil et de l’Etat belge par les juridictions nationales), est une crise humanitaire sans précédent qui dure depuis cinq ans.

À Bruxelles, le Hub Humanitaire – qui s’occupe d’aider et d’orienter les personnes migrantes, proposant des solutions d’hébergement ainsi qu’une aide psychologique et médicale – a été contraint de fermer ses portes ces 10 et 11 août, sur décision exceptionnelle des trois organisations du Hub (BelRefugees, Médecins sans Frontières et la Croix-Rouge), après plusieurs semaines de sous-effectif chronique et intenable. En effet, le Hub Humanitaire a perdu 50% de son financement depuis le mois d’avril 2026, dans une incohérence absolue face au contexte d’aggravation des besoins humanitaires à Bruxelles. Conséquences : des épuisements professionnels, un arrêt des consultations médicales, et des familles laissées à la rue.

Aujourd’hui, 1550 personnes sont inscrites sur les listes d’attente de BelRefugees pour obtenir une solution d’hébergement d’urgence, alors que le gouvernement fédéral vient d’annoncer la suppression de 1000 places d’accueil, rien qu’à Bruxelles.

Une mesure de poids pour deux poids deux mesures, quand on sait que le budget fédéral de la Défense pourrait à lui seul combler la quasi-totalité des pertes de l’aide humanitaire mondiale de ces deux dernières années.

À toutes échelles, l’aide humanitaire est un secours indispensable pour apaiser les crises. À la lumière des besoins actuels, son refinancement apparait comme une évidence morale. À l’aune des vies qu’elle sauve, son abandon tient du refus d’humanité.



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