Un texte d’Alexis Cudey, bénévole pour la CNAPD ! Merci à lui !
Le 16 octobre, la Journée mondiale de l’alimentation rappelle que l’accès à une nourriture suffisante, saine et culturellement adaptée est un droit fondamental, et non une simple marchandise. Cette journée rejoint notre engagement pour la justice sociale, la démocratie et la paix.
Une question de justice sociale
Le droit à l’alimentation est inscrit dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 à son article 11. Ce droit oblige les États à garantir un accès durable à une alimentation adéquate et à “une répartition équitable des ressources alimentaires”, y compris pour les personnes en situation de précarité. Pourtant, dans un monde qui produit assez pour tous, des millions de personnes souffrent encore de la faim ou ne peuvent pas se nourrir correctement.
Cette réalité montre que la faim n’est pas une fatalité : elle résulte d’inégalités, de politiques économiques et de systèmes agroalimentaires qui privilégient trop souvent le profit au détriment des besoins humains.
Une condition de paix
Les crises alimentaires alimentent les tensions, les conflits et les migrations forcées. À l’inverse, garantir l’accès à la terre, à l’eau, aux semences et à des revenus décents pour les paysans contribue à la stabilité des communautés et à la coopération entre les peuples. Défendre le droit à l’alimentation, c’est donc défendre une paix fondée sur la justice et non sur la domination économique.
Le 16 octobre doit être plus qu’une journée symbolique : il doit rappeler que nourrir dignement toutes et tous est une condition essentielle de la justice, de la démocratie et de la paix.
Combien coûterait l’éradication de la faim dans le monde d’ici 2030 ?
Éradiquer la faim dans le monde est un objectif politique autant qu’économique. Pourtant, il n’existe pas de chiffre unique et universellement reconnu : les estimations varient selon qu’il s’agit de financer l’aide alimentaire d’urgence, de réduire durablement la sous-alimentation ou de transformer les systèmes agricoles et les mécanismes de protection sociale.
Le rapport conjoint de la FAO, du FIDA, de l’UNICEF, du PAM et de l’OMS, The State of Food Security and Nutrition in the World 2024, souligne que les conflits, les chocs climatiques et les inégalités économiques compromettent les progrès vers l’Objectif de développement durable n° 2, « Faim zéro ». Enfin, ce rapport souligne que le financement doit s’accompagner de politiques cohérentes, d’une meilleure allocation des ressources et d’une transformation des systèmes alimentaires. Il met également en évidence la nécessité de mobiliser des financements adaptés afin de garantir à toutes et à tous l’accès à une alimentation suffisante et nutritive.
Une étude publiée en 2024 par le Centre de recherche pour le développement (ZEF) de l’université de Bonn et la FAO estime qu’une stratégie accélérée pourrait nécessiter jusqu’à 93 milliards de dollars supplémentaires par an pour sortir environ 700 millions de personnes de la faim et de la malnutrition d’ici 2030. Ce coût élevé reflète notamment le retard accumulé et le recours à des mesures immédiates.
À titre de comparaison, le programme de recherche Ceres2030 estimait en 2020 qu’environ 33 milliards de dollars supplémentaires par an permettraient de lutter durablement contre la faim, d’améliorer les revenus des petits producteurs et de favoriser une agriculture plus soutenable.
Le contraste avec les dépenses militaires mondiales, estimées à 2 880 milliards de dollars en 2025, et en augmentation pour la onzième année consécutive, interroge les priorités internationales, puisque d’une certaine manière, 93 milliards d’euros par an représentent finalement moins de 4 % de cette somme. La faim n’est donc pas seulement une question de ressources disponibles, mais aussi de choix politiques, de paix et de justice sociale.
Ne pas confondre solidarité et responsabilité
Les collectes de denrées et l’aide alimentaire restent indispensables face à l’urgence, mais elles ne peuvent devenir l’unique réponse à la pauvreté. Une société qui dépend massivement de la charité pour se nourrir est une société qui a échoué à garantir un droit fondamental. La CNAPD appelle donc à ne pas déléguer aux associations et aux citoyens une responsabilité qui incombe d’abord aux pouvoirs publics : garantir effectivement le droit à l’alimentation exige des choix politiques courageux, une régulation des acteurs économiques et une répartition plus juste des richesses

