Haïti contre l’ordre colonial, esclavagiste et racial.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, les esclavisé.e.s1 et les affranchi.e.s de Saint-Domingue – colonie française qui va devenir Haïti – se révoltent pour obtenir la liberté et l’égalité de droit avec les citoyens blancs2. La révolte dure jusqu’en 1793 et est considérée comme étant la plus importante révolte d’esclavisé.e.s de l’histoire des Amériques3.
Elle mène à la première abolition de l’esclavage – pour la France – d’abord à Saint-Domingue en 1793 puis dans l’ensemble des colonies françaises en 17944. La révolte des esclavisé.e.s de Saint-Domingue marque aussi le début de la révolution Haïtienne qui s’achève en 1804 avec la proclamation d’indépendance d’Haïti qui devient le premier Etat noir du continent Américain.
L’histoire de de Saint-Domingue –colonie française de 1697 à 1804 – est indissociable de celle de la traite atlantique : 90% de sa population est composée de personnes esclavisé.e.s5. L’insurrection qui débute dans la nuit du 22 au 23 aout 1791 joue un rôle déterminant dans l’abolition de la traite négrière transatlantique6. C’est dans cette perspective historique qu’est commémorée la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition.
Les traites des esclavisé.e.s Africain.e.s : esclavagisme et déportation de masse.
La traite de personnes esclavisées est définie comme « un mouvement forcé d’êtres humains asservis et considérés comme des marchandises, qui comporte un déplacement transfrontalier sur une longue distance et donne lieu à un flux, globalement unidirectionnel, suffisamment important et durable pour qu’il engendre une forme d’organisation pérenne7 ».
Les populations africaines sont victimes de cinq traites différentes.
- La traite orientale à destination de la péninsule arabique depuis l’Afrique subsaharienne et la traite transsaharienne à destination de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis l’Afrique subsaharienne, sont responsables de 8 à12 millions de victimes entre le VIIème et le XXème siècle.
- La traite atlantique est mise en place par les européens depuis l’Afrique à destination des colonies des Antilles, d’Amérique et des îles de l’Océan Indien. Elle fait 13 à 17 millions de victimes entre le XVIème et le XIXème siècle. Elle est très intensive et correspond à l’une des entreprises les plus massives de déplacement organisé et forcé d’êtres humains8.
- La traite dans l’océan Indien débute au Xème siècle en direction de la péninsule arabique. Elle se développe considérablement à partir du XVIIème siècle avec l’implantation de colonies européennes dans cette région du monde. Elle fait environ 17 millions de victimes entre le Xème et le XIXème siècle.
- La traite intérieure africaine est alimentée par les razzias et les guerres entre États et se fait au bénéfice de souverains et de familles dirigeantes d’Afrique noire9. Le nombre de victimes de cette traite est difficile à estimer mais on parle de plusieurs dizaines de millions de personnes10.
Commerce criminel et déshumanisant, la traite permet de soutenir des systèmes économiques qui tirent parti de l’esclavage. C’est un « processus de fabrique et de conditionnement des esclaves dans le cadre d’une économie de la prédation et de l’extraction11 ».
Le plus grave crime contre l’humanité.
Le 25 mars 2026, l’assemblée générale des Nations-Unies adopte une résolution qualifiant la traite des Africain.e.s réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africain.e.s de plus grave crime contre l’humanité. Les Etats-Unis, I’Argentine et Israël votent contre et les Etats membre de l’Union européenne ainsi que le Royaume-Uni s’abstiennent12.
La traite et l’esclavage racialisé des Africain.e.s peuvent être considérés comme étant le « plus grave crime contre l’humanité » du fait des conséquences mondiales durables qu’ils entrainent. À savoir, « la destruction à grande échelle des sociétés africaines, la réorganisation démographique des continents et l’ancrage d’inégalités racialisées qui continuent de structurer les relations internationales13 ».
Ces conséquences sont notamment dûes au nombre de victimes, à la portée géographique et à la durée de la traite et de l’esclavage, à la participation d’États et d’entreprises à ces pratiques, ainsi qu’à la déshumanisation et à la marchandisation délibérée des Africain.es réduits en esclavage14.
« La traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent un crime dont les logiques morales, juridiques, sociales et économiques continuent d’alimenter le racisme structurel, les inégalités raciales, le sous-développement, la marginalisation et les disparités socioéconomiques qui touchent de manière disproportionnée les Africains et les personnes d’ascendance africaine partout dans le monde15 ».
La résolution rappelle l’importance « de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine16 » dans le cadre de politiques de justice réparatrice17.
Réparer les souffrances, les torts et les inégalités qui persistent aujourd’hui.
Les effets contemporains des crimes contre l’humanité que sont la traite et la réduction en esclavage des Africain.e.s, se font encore sentir. Il est de la responsabilité des Etats ayant permis, participé et/ou profité de ces crimes, de réparer les souffrances et les dommages causés aux descendant.e.s des victimes, tout en travaillant effectivement à l’abolition des inégalités structurelles et des logiques racistes qu’elles sous-tendent.
Sources :
- GEGGUS David, « Aux sources d’une révolution », Les mondes de l’esclavage, dir. ISMARD Paulin, Paris, Editions du Seuil, coll. l’univers historique, 2021.
- Quand l’histoire fait dates, « 1er janvier 1804, l’indépendance d’Haïti », 1er janvier 1804 – L’indépendance d’Haïti | Quand l’histoire fait dates | ARTE – YouTube.
- VIDAL Cécile, « Traites », Les mondes de l’esclavage, dir. ISMARD Paulin, Paris, Editions du Seuil, coll. l’univers historique, 2021.
- DORIGNY Marcel et GAINOT Bernard, « la traite européenne », Atlas des esclavages De l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, coll. Atlas, 2022.
- Mémorial de l’abolition de l’Esclavage de Nantes, « L’esclavage, les traites humaines et la traite atlantique », L’esclavage, les traites humaines et la traite atlantique | Mémorial de l’abolition de l’esclavage – Nantes.
- Résolution 80/250 adoptée par l’Assemblée générale des Nations-Unies le 25 mars 2026.
1 Nous choisissons d’utiliser le terme esclavisé pour parler des personnes réduites en esclavage. Utiliser le terme d’esclave est réifiant : il suppose que les personnes réduites en esclavage sont nées esclaves et qu’elles le restent. Parler d’esclaves c’est aussi réduire des êtres humains à leur condition, celle d’être une propriété. Lorsqu’on parle de personnes esclavisées, on ne réduit plus des êtres humains uniquement au fait qu’ils sont la propriété d’un.e maître.sse et on insiste plutôt sur l’identité, la personnalité et l’agentivité des personnes réduites en esclavage.
2 https://www.herodote.net/23_aout_1791-evenement-17910823.php
3 GEGGUS David, « Aux sources d’une révolution », Les mondes de l’esclavage, dir. ISMARD Paulin, Paris, Editions du Seuil, coll. l’univers historique, 2021, p.261.
4 https://fr.wikipedia.org/wiki/Abolition_de_l%27esclavage
5 https://www.youtube.com/watch?v=5XUJg3g3rqw&t=257s
6 https://www.unesco.org/fr/days/slave-trade-remembrance
7 VIDAL Cécile, « Traites », Les mondes de l’esclavage, dir. ISMARD Paulin, Paris, Editions du Seuil, coll. l’univers historique, 2021, p.712.
8 DORIGNY Marcel et GAINOT Bernard, « la traite européenne », Atlas des esclavages De l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, coll. Atlas, 2022.
9 DORIGNY Marcel et GAINOT Bernard, « l’Afrique précoloniale », Atlas des esclavages De l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, coll. Atlas, 2022.
10 https://memorial.nantes.fr/l-esclavage-les-traites-humaines-et-la-traite-atlantique/
11 VIDAL Cécile, « Traites », Les mondes de l’esclavage, dir. ISMARD Paulin, Paris, Editions du Seuil, coll. l’univers historique, 2021, p.713.
12 https://www.france24.com/fr/afrique/20260325-la-traite-des-esclaves-africains-proclam%C3%A9e-crime-le-plus-grave-contre-l-humanit%C3%A9-par-l-onu
13 Résolution 80/250 adoptée par l’Assemblée générale des Nations-Unies le 25 mars 2026, p.6.
14 Ibidem.
15 Ibidem.
16 Ibid., p.7.
17 Ibidem.

