État de la démocratie dans le monde : un recul préoccupant mais réversible

Démocrati

Ce texte est une première contribution d’Alexis, bénévole pour la CNAPD ! Merci à lui  !

La démocratie ne s’effondre pas toujours brutalement : elle peut aussi s’éroder progressivement et à bas bruit. Libertés en recul, contre-pouvoirs affaiblis, montée de l’autocratisation… partout dans le monde, les signaux d’alerte se multiplient. Mais jusqu’où va ce recul, peut-on l’évaluer, et peut-il encore être inversé ? Du constat mondial au cas belge, ce texte explore les fragilités d’une démocratie plus que jamais à défendre.

La démocratie traverse aujourd’hui une période de fragilisation profonde. Dans de nombreuses régions du monde, les libertés publiques reculent, les contre-pouvoirs s’affaiblissent et les régimes autoritaires ou hybrides progressent. Cette évolution ne concerne pas seulement les États ouvertement autoritaires : certaines démocraties bien établies connaissent elles aussi des processus d’autocratisation, se traduisant par une dégradation progressive de leurs institutions, de l’État de droit et des libertés, sans pour autant devenir immédiatement des dictatures.

Plusieurs indicateurs permettent de mesurer l’état, différentié des démocraties dans le monde. Parmi les principales références figurent le V-Dem Institute, ou l’Economist IntelligenceUnit(EIU),qui offrent des méthodes certes différentes mais qui prennent toutes en compte des éléments allant de la qualité des élections, des libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique, l’État de droit, au pluralisme et à l’indépendance des institutions. L’étude de ces indicateurs montrent globalement un recul démocratique, même si leurs résultats récents ne sont pas toujours identiques.

Le V-Dem Institute, un think tank basé au sein de l’Université Göteborg en Suède, dispose de l’une des plus importantes bases de données mondiales sur la démocratie. Son Democracy Report 2026 dresse, en 2026, un constat particulièrement préoccupant et illustre le phénomène, désormais bien documenté, d’érosion de la démocratie. Selon cette base de données, la proportion de la population mondiale vivant dans une démocratie est tombée en 2025 à environ 26%, soit un niveau comparable à celui de 1978. En 2005, cette proportion atteignait encore 50 %. Le document constate également que le nombre de démocraties a également diminué : après un sommet de 95 atteint en 2016, les démocraties ne sont plus que 87 en 2025, contre 92 autocraties. Les démocraties libérales, qui garantissent à la fois des élections et une forte protection des libertés et de l’État de droit, sont passées de 45 en 2009 à seulement 31 en 2025. Seuls 7 % de la population mondiale vivent ainsi désormais dans une démocratie libérale.

Le V-Dem parle en ce sens d’une « troisième vague d’autocratisation » (en référence à la

« troisième vague de démocratisation » développée par Samuel Huntington dans son ouvrage de 1991), commencée autour de 2000 et devenue particulièrement prégnante depuis les années 2010. En 2025, 44 pays représentant 41 % de la population mondiale étaient engagés dans un processus d’autocratisation, dont 28 démocraties. Cette évolution se traduit, entre autres, par la restriction de la liberté d’expression et d’association, la censure des médias, la remise en cause de l’équité électorale et l’affaiblissement des institutions chargées de limiter le pouvoir exécutif. L’autocratisation est donc différente d’une autocratie

: un pays peut rester officiellement démocratique tout en devenant progressivement moins libre. Ce phénomène est utile pour appréhender les nouvelles évolutions que prennent certaines démocraties.

L’Economist Intelligence Unit, de son côté, apporte toutefois une nuance. Son Democracy Index 2025 estime que le recul mondial observé pendant huit années consécutives s’est stabilisé en 2025. Sur 167 pays et territoires étudiés, près des trois quarts ont vu leur score progresser ou rester stable, donc ne pas reculer. Le nombre de démocraties pleines ou imparfaites est passé de 77 à 80, tandis que celui des régimes hybrides ou autoritaires a diminué de 90 à 87. L’EIU souligne cependant qu’il est trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un véritable retournement ou d’une simple pause. Par ailleurs, les résultats varient fortement

selon les régions : l’Amérique latine et l’Europe occidentale progressent légèrement, tandis que l’Asie, l’Europe orientale et l’Asie centrale connaissent encore des difficultés. L’Afrique subsaharienne reste particulièrement fragile, avec 85 % de régimes non démocratiques.

Le cas des États-Unis sous Donald Trump constitue l’un des exemples les plus marquants de cette fragilisation. Pour le V-Dem, les États-Unis ne sont plus considérés en 2025 comme une démocratie libérale mais comme une démocratie électorale. Le rapport souligne en effet la diminution des contre-pouvoirs, l’affaiblissement des contraintes judiciaires et législatives, ainsi que le recul des droits civiques et de certaines libertés. L’EIU classe également les États-Unis parmi les démocraties imparfaites et constate une nouvelle dégradation de leur score en 2025. D’autres pays connaissent des évolutions comparables, notamment la Hongrie, la Serbie, la Turquie ou encore l’Inde.

Human Rights Watch estime cependant que cette spirale descendante est antérieure à la réélection de Donald Trump. La vague démocratique qui a débuté il y a plus de 50 ans a cédé la place à ce que les chercheurs appellent une « récession démocratique ». Selon certains indicateurs, la démocratie est aujourd’hui revenue à son niveau de 1985, 72 % de la population mondiale vivant désormais sous un régime autocratique. La Russie et la Chine sont moins libres aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Il en va de même pour les États-Unis.

Cette crise de la démocratie est également alimentée par des facteurs sociaux et politiques. Dans de nombreuses démocraties, les citoyens manifestent une forte défiance envers les institutions et les partis politiques.Cette défiance ne signifie pourtant pas nécessairement un rejet de la démocratie : elle peut au contraire traduire une demande de participation, de transparence, de renouvellement et de prise en compte réelle de la parole citoyenne. La participation politique, notamment celle des jeunes, progresse dans certains pays à travers des mouvements de protestation. Mais cette mobilisation ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas de réformes institutionnelles et de la protection des libertés.

La désinformation, la polarisation des débats et les réseaux sociaux aggravent également la situation. Alors qu’ils auraient pu favoriser l’accès à une information diversifiée et créer un espace de discussion commun, les réseaux sociaux contribuent souvent à enfermer les individus dans des communautés partageant les mêmes opinions. La fragmentation de l’espace public facilite ainsi la manipulation de l’information et accroît la méfiance envers les institutions. Les inégalités sociales et économiques ainsi que les difficultés rencontrées par les systèmes politiques traditionnels renforcent encore ce phénomène.

La fragilisation démocratique dépasse donc la simple question des élections. Une démocratie vivante suppose que les citoyens puissent librement choisir et remplacer leurs dirigeants, mais aussi que les libertés publiques soient protégées, que la justice soit indépendante, que les médias puissent travailler librement et que des contre-pouvoirs efficaces limitent les abus de pouvoir. Elle reste également mieux à même de construire, sur le long terme, des sociétés solidaires et prospères et de répondre collectivement aux enjeux du travail, de la santé, de l’environnement et du bien-être.

Dans cette exploration globale de l’état de la démocratie, n’oublions pas de jeter un petit coup d’œil à la situation du cas belge. La Belgique a en effet été qualifiée de «démocratie défaillante » par l’Indice de démocratie de The Economist, évoquée plus tôt, se classant 36e sur 165 pays. Elle perd ainsi son statut de « démocratie complète », attribué à seulement 21 États. Si la pandémie a contribué à ce recul, notamment par l’extension des pouvoirs de l’État


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