Derrière le discours sécuritaire, la réalité du marché de l’armement

Ces dernières semaines, la CNAPD, conjointement avec ses partenaires réunis au sein de la plateforme Stop Militarisation, a mené plusieurs actions visant à dénoncer la montée des logiques de militarisation en Belgique et l’austérité budgétaire organisée par l’Arizona pour les financer.

Parmi ces actions, un rassemblement a notamment été organisé au Heysel le 13 mars 2026, devant les portes du premier salon bruxellois de l’armement « BEDEX ».

Dans la couverture médiatique de ces actions, plusieurs stéréotypes et raccourcis ont été relayés. Parmi ceux-ci, l’idée-reçue selon laquelle ces manifestant.e.s seraient « déconnecté.e.s » des réalités du monde contemporain et des enjeux de sécurité.

Afin de dépasser ces caricatures, le présent document propose une analyse du salon BEDEX en tant qu’événement économique et politique, en mettant en lumière sa nature et ses objectifs. Pour ce faire, ce document présente quelques acteurs industriels problématiques qui ont participé à la première édition de ce salon.

Positionnement et couverture médiatique face aux discours de paix et de désarmement

Une disqualification de la contestation et un débat public simpliste

Tandis que Maxime Prévot soutient dans « La Libre Belgique » que « la période bisounours et peace and love est terminée » et que « la nostalgie ne sera jamais une stratégie », David Clarinval déclare ne « pas accorder beaucoup d’intérêt » à ces manifestants qui seront « les premiers qui pleureront le jour où on devra se défendre » 1. A travers ce vocabulaire et ces arguments d’autorité, les décideurs politiques fuient le débat.

A l’intérieur du salon, « politiques et industriels font bloc » ; les voix critiques sont publiquement absentes ou anecdotiques. Le discours y est homogène autour du caractère « incontournable » de l’industrie militaire. Les industriels militaires seraient devenus « des good guys » tandis que les dirigeant.e.s politiques ne font que saisir « l’air du temps ». La montée en puissance du secteur militaire est normalisée et présentée comme une évolution quasi naturelle engendrée par le contexte géopolitique « incertain et instable ».

Pourtant, ce consensus apparent n’est pas le signe d’une évidence, mais le résultat d’un espace public appauvri par la marginalisation des voix discordantes.

BEDEX : une plateforme économique participant à la normalisation de la guerre

Le Salon BEDEX (Belgian Defense & Security Expo) est un salon consacré aux technologies militaires et de sécurité, organisé à Bruxelles. La première édition s’est tenue du jeudi 12 au samedi 14 mars 2026 au Heysel. Lors de cette première édition, le salon BEDEX a regroupé 310 entreprises-exposantes. Parmi elles, une majorité d’exposantes belges et françaises (Belgique : 181 entreprises, soit environ 58,4 % ; France : 13, soit environ 4,2 %).

Le traitement médiatisé de BEDEX pourrait laisser penser que cet endroit sert à penser et à concrétiser « notre meilleure défense ». Il est pourtant important de rappeler l’évidence : le salon BEDEX est un salon commercial, dont l’objectif central est de favoriser les rencontres entre industriels de l’armement, décideur·euse·s politiques et investisseur·euse·s. En d’autres termes, BEDEX constitue une plateforme économique visant à stimuler un marché de la « défense », de la guerre, structuré autour de logiques de croissance, de compétitivité et de rentabilité. Un marché ouvert à l’international, où des représentant.e.s de tous les pays nouent des relations commerciales, peu importe le régime politique qu’ils et elles représentent. Derrière les discours sur la « sécurité », il s’agit donc d’abord et avant tout de multiplier les contrats et d’exporter dans un maximum de directions.

C’est précisément cette réalité que notre mobilisation entend mettre en lumière. Il ne s’agit donc nullement d’une posture idéologique déconnectée du monde, mais bien le résultat d’une lecture systématique des dynamiques à l’œuvre et de ses conséquences observables dans le monde entier.

La présentation du salon BEDEX comme une « nécessité » pour nous « défendre » réduit la sécurité à une accumulation de capacités militaires. Ce faisant, le discours public ignore et invisibilise les causes primaires des conflits, que la circulation des armes et du matériel militaire vient renforcer. La sécurité ne s’envisage pas dans des salons où se négocient des équipements militaires, elle se poursuit par des politiques qui s’attaquent aux racines des tensions et des violences, pérennisées par un contrôle plus accru des transferts internationaux d’armes.

Or, le salon BEDEX rassemble des exposant·e·s dont les équipements ont été impliqués dans des conflits marqués par des violations du droit international humanitaire et des droits humains. Certains entretiennent des liens structurels avec des pays impliqués dans des conflits ; beaucoup participent au développement de dispositifs de surveillance controversés2.

BEDEX : une légitimation de plus du soutien militaire à Israël

Parmi l’ensemble des exposantes, 54 entreprises entretiennent des liens documentés avec Israël, soit environ 17,4 % du total. Ces liens avec Israël sont définis par une position claire et publiquement vérifiable dans les domaines de la fourniture de composants pour systèmes d’armes (F-35, F-16, drones par exemples), ainsi que des partenariats industriels structurés avec des groupes israéliens comme Elbit Systems ou Israel Aerospace Industries. Certaines exposantes sont liées par des contrats directs avec l’armée israélienne.

Cette présence massive d’acteurs liés à Israël est d’autant plus préoccupante que la Belgique a récemment été rappelée à ses obligations internationales par sa propre justice. La jurisprudence de la Cour d’appel de Bruxelles (2026), issue de l’action menée par la CNAPD et l’ABP, a confirmé que l’article 1er commun aux Conventions de Genève ainsi que la Convention sur le génocide imposent à l’État belge de « faire respecter » le droit international humanitaire3 et la Convention en toutes circonstances. Cette obligation produit des effets directs en droit interne, ce qui signifie que le juge peut sanctionner l’État s’il n’agit pas comme une « autorité normalement prudente » face à un risque sérieux de génocide ou de violations graves du Droit international humanitaire.

La législation européenne (Position commune 2008/944/PESC) impose aux Etats membres de refuser toute exportation ou tout soutien technique non seulement lorsqu’il existe un « risque manifeste » de violations graves du droit international humanitaire, mais également lorsque ces transferts sont susceptibles de porter atteinte au respect des droits humains dans le pays de destination, d’alimenter des conflits armés ou d’aggraver des tensions régionales, de compromettre la paix, la sécurité et la stabilité internationales, ou encore de présenter un risque de détournement vers des usages non autorisés. En accueillant le salon BEDEX, l’État belge offre une vitrine commerciale à des entreprises impliquées dans des flux technologiques à destination d’Israël, en opposition avec ses obligations juridiques et ses engagements internationaux.

BEDEX à la loupe : pratiques et enjeux controversés des exposants

À la lumière de cette diversité d’acteurs allant de multinationales de l’armement à des entreprises technologiques et des cabinets de conseil, il apparaît clairement que le salon BEDEX ne se limite pas à une simple exposition, mais constitue un espace structuré de convergence entre intérêts industriels, financiers et stratégiques.

Dans cette perspective, il convient désormais d’aller au-delà du constat général pour examiner plus précisément le rôle et les activités de certaines entreprises présentes. L’objectif n’est pas de proposer une analyse exhaustive ; mais de mettre en évidence, à travers une série d’exemples ciblés, les enjeux extrêmement problématiques charriés par ce salon.

  1. Airbus : Technologie en Birmanie malgré embargo, Vente Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Impliqué dans l’industrie des armes nucléaires.

En 2024 et 2025, Airbus se retrouve au cœur de plusieurs controverses liées à ses activités militaires et à ses exportations4. Malgré l’embargo des Nations Unies sur la Birmanie, des enquêtes de Disclose et Justice For Myanmar révèlent que des technologies et des pièces du constructeur européen continuent d’équiper les avions de la junte militaire birmane5.

Parallèlement, la responsabilité du groupe AIRBUS est régulièrement mise en cause dans des ventes d’armements à l’Arabie saoudite et aux Émirats Arabes Unis6.

Porté par l’augmentation des budgets de défense européens et l’intégration des drones, Airbus Helicopters a enregistré un record de 544 commandes en 2025, incluant des contrats majeurs notamment avec le Maroc et l’Irak pour le modèle H225M.

Enfin, l’entreprise joue un rôle stratégique dans l’industrie nucléaire française via ses coentreprises : elle participe au développement du missile balistique M51 à travers Ariane Group et détient 37,5 % de MBDA, le fabricant du missile nucléaire ASMPA.7

  1. Anduril : Surveillance/base de données frontière Mexique, financer par Palantir.

Anduril Industries, entreprise américaine spécialisée dans les technologies de « défense », se retrouve au centre des critiques pour sa contribution à la militarisation de la surveillance civile à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.8Grâce à ses tours de contrôle autonomes, la firme génère des bases de données biométriques et comportementales sans le consentement des individus. Une stratégie qui, selon les observateur·rice·s, pousse les migrant·e·s vers des zones désertiques plus hostiles pour échapper aux capteurs.

Sur le plan financier et stratégique, Anduril bénéficie du soutien de Founders Fund, le fonds de Peter Thiel (cofondateur de Palantir). Anduril collabore étroitement avec Palantir au sein de consortiums pour répondre aux contrats massifs du Pentagone en matière de drones et de systèmes autonomes.9 Ancien membre de la célèbre « Mafia PayPal » et proche d’Elon Musk, Peter Thiel est une figure controversée (étiqueté par certain·e·s de « technofasciste »). Connu pour son soutien aux politiques anti-immigration de Donald Trump, il est également un investisseur majeur au sein de géants technologiques tels que Facebook, SpaceX et OpenAI (ChatGPT).10

  1. BHARAT ELECTRONICS LIMITED (BEL) : Vente Birmanie/surveillance et base de données Inde/IA.

L’entreprise publique indienne Bharat Electronics Limited (BEL) fait face à de vives critiques internationales pour son soutien technologique à la junte birmane après le coup d’État de 2021. Selon le rapporteur spécial de l’ONU, BEL a continué d’exporter des équipements critiques, notamment des stations d’armes télécommandées (RCWS), des systèmes radars et des dispositifs de communication, vers le Myanmar jusqu’en 2025. Cette persistance a conduit de grands fonds souverains, comme ceux de la Norvège et de la Suède (fonds AP), à exclure BEL de leurs portefeuilles d’investissement, invoquant un « risque inacceptable » de complicité dans des violations graves du droit international humanitaire.11Parallèlement, BEL est au cœur des inquiétudes concernant les libertés civiles en Inde, où elle déploie l’infrastructure de surveillance numérique et les systèmes d’IA du pays, renforçant les capacités de contrôle étatique sur la population.12

  1. Calian Defense : Privatisation de l’armée canadienne/Armement d’Israël déguisé

L’entreprise canadienne Calian Group a été contrainte de suspendre ses livraisons d’antennes GPS à la firme de défense israélienne Elbit Systems. Cette décision fait suite la publication d’un rapport d’ONG révélant que ces composants, initialement présentés comme « neutres », étaient en réalité intégrés à la « machine de guerre » israélienne pour des opérations de ciblage militaire. Cette affaire a créé une vive controverse au Canada, car elle contredit les affirmations de neutralité du gouvernement concernant les exportations technologiques vers les zones de conflit.13

  1. DELAIR : Drone tueur/surveillance frontière/fourniture à l’Ukraine et possiblement à la Russie

Le fabricant de drones Delair se retrouve sous le feu des critiques pour l’opacité de ses exportations et la militarisation croissante de ses produits. Entre 2020 et 2024, des livraisons de drones UX11 vers la société kazakhe Geotron ont alerté l’Observatoire des Armements, qui craint que ces technologies ne soient réexportées vers la Russie en raison de la proximité stratégique entre les deux pays.14 Parallèlement, Delair a franchi un cap létal avec la production du drone kamikaze Oskar (ou Colibri), une arme conçue pour exploser sur sa cible et déjà déployée sur le front ukrainien, ce qui suscite l’inquiétude des ONG luttant contre la prolifération des systèmes autonomes.15 Enfin, sur le plan intérieur français, l’usage de ces drones par la Police aux Frontières (PAF) est régulièrement contesté devant le Conseil d’État par des associations comme La Quadrature du Net, qui dénoncent une surveillance disproportionnée et intrusive des zones frontalières.16

  1. ELT GROUP : Vente logiciel de surveillance Emirats Arabes Unis

ELT Group, via sa filiale spécialisée en cyber-renseignement Cy4gate, fait l’objet de graves accusations concernant l’exportation de technologies de surveillance vers des régimes autoritaires. L’entreprise est ainsi notamment pointée du doigt pour la vente de son logiciel D-SINT aux Émirats arabes unis et à l’Arabie Saoudite. Ce système avancé de collecte de données permet une analyse massive des réseaux sociaux et une infiltration du « dark web ». Selon des organisations de défense des droits humains, ces outils sont directement utilisés par les pays du Golfe pour identifier et réprimer la dissidence politique en surveillant étroitement les activités numériques des opposant·e·s.17

  1. ETIENNE LACROIX : Vente de grenades aux forces de l’ordre sénégalaises

Le groupe français Etienne Lacroix, via sa filiale Alsetex, est au cœur d’une polémique liée à la répression violente des mouvements sociaux au Sénégal entre 2021 et 2024. Une enquête de StreetPress a révélé que la France a maintenu ses exportations de matériel de maintien de l’ordre, notamment des grenades lacrymogènes et de désencerclement, alors même que l’usage de ces munitions par les forces de sécurité sénégalaises était associé à de nombreux morts et blessés parmi les manifestant·e·s. Cette situation soulève des questions critiques sur la responsabilité de l’entreprise et la persistance des livraisons d’armes françaises vers des contextes de tensions politiques extrêmes, au mépris des alertes des ONG sur les violations des droits humains.18



  1. EXAIL ROBOTICS : Drones anti-mine

Exail Robotics (née de la fusion entre ECA Group et iXblue) soulève des inquiétudes croissantes en raison de l’ambiguïté technologique de ses drones sous-marins. Bien que présentés comme des outils de lutte contre les mines, ses drones « consommables » ou « kamikazes » possèdent une capacité de destruction qui rend la frontière entre défense et attaque extrêmement mince ; ces systèmes pourraient être détournés pour des actions de sabotage ciblées, notamment contre des infrastructures critiques comme des pipelines.19

La signature de contrats majeurs avec l’Indonésie renforce ces préoccupations. Ce pays, loin d’être simplement « complexe », est le théâtre d’une répression sanglante et de violations systématiques des droits humains, notamment en Papouasie occidentale où les populations autochtones subissent une violence d’État permanente pour le maintien du contrôle territorial.

  1. GMV Aerospace and Defence : Surveillance Frontières aide Frontex

Dans le cadre de la militarisation de la surveillance des frontières européennes, l’entreprise GMV Aerospace and Defence apporte un soutien technologique crucial à l’agence Frontex. Elle fournit notamment des logiciels sophistiqués de fusion de données capables de croiser et d’analyser simultanément des informations issues d’images satellites, de drones et de capteurs terrestres. Cette débauche de moyens techniques vise à généraliser une surveillance de masse en mer pour intercepter les exilé·e·s, privilégiant la répression au détriment du droit d’asile et du sauvetage de vies humaines.20

  1. HANWHA AEROSPACE : Producteur d’armes à sous munitions/Contrats avec Arabie saoudite

Le groupe Hanwha s’est historiquement imposé comme l’un des leaders mondiaux dans la production d’armes à sous-munitions, des dispositifs proscrits par le droit international (ie : convention d’Oslo) en raison de leur impact indiscriminé et durable sur les populations civiles.21

Parallèlement à ce passif industriel, l’entreprise renforce son influence internationale par des accords stratégiques majeurs, notamment avec l’Arabie Saoudite. Elle y a signé des contrats d’envergure portant sur des équipements de pointe, à l’image du système de lance-roquettes Chunmoo, consolidant ainsi sa présence sur le marché de l’armement au Moyen-Orient.22

  1. HENSOLDT : Radars pour Frontex, Arabie saoudite et Egypte

Hensoldt fournit les radars et les systèmes optroniques (caméras longue portée) utilisés par les navires et avions de Frontex et des garde-côtes nationaux. Ils sont accusés de faciliter les « pushbacks » (refoulements illégaux) en Méditerranée en permettant aux autorités de repérer les embarcations de migrants très tôt pour les intercepter avant qu’elles n’atteignent les eaux internationales.23 L’entreprise a été pointée du doigt par le réseau ENAAT (European Network Against Arms Trade) pour la livraison de systèmes radar destinés à des navires de guerre égyptiens et saoudiens. 24

  1. INDRA GROUP : Collaboration avec Frontex/Liens commerciaux avec Emirats arabes unis via EDGE group

Indra est l’un des principaux bénéficiaires des contrats de l’agence Frontex pour la militarisation de la sécurisation des frontières de l’UE. L’entreprise fournit des systèmes de radars côtiers, des capteurs optroniques et des logiciels de fusion de données.25

  1. VOLVO GROUP : Complicité de démolitions dans les territoires occupés par Israël

Fournit, via son distributeur israélien, des excavatrices et des engins de chantier lourds systématiquement utilisés par l’armée israélienne pour la démolition de structures civiles palestiniennes et la construction de colonies en Cisjordanie. L’entreprise est accusée de ne pas exercer de contrôle sur l’utilisation finale de ses produits dans des zones de violation flagrante du droit international.26

  1. WB GROUP : Systèmes de frappe et drones pour zones de conflit fournissent Ukraine et « Asie »

Fournit les drones suicides Warmate et des technologies de communication de combat. L’entreprise est accusée de favoriser une prolifération d’armes autonomes « low-cost » qui finissent par être exportées vers des zones de tension au Moyen-Orient et en Asie.27 L’entreprise est citée par le réseau ENAAT comme bénéficiaire de financements européens tout en maintenant des activités d’exportation d’armes dont la destination finale reste souvent opaque, posant un risque sérieux de complicité dans des crimes de guerre.28



  1. Damen Shipyards : Vente Russie, Libye, corruption

Au-delà de ses activités commerciales, l’entreprise Damen fait face à de sérieuses complications juridiques en Europe. Le constructeur naval est notamment sous le coup d’investigations concernant le respect des mesures restrictives internationales.

En effet, Damen est accusé par les autorités néerlandaises d’avoir violé les sanctions européennes contre la Russie, en poursuivant ou facilitant des exportations de biens ou technologies après l’invasion de l’Ukraine29.



L’entreprise est poursuivie par le parquet néerlandais pour corruption, faux documents et blanchiment d’argent dans le cadre de ventes de navires à l’étranger entre 2006 et 2017.30



Damen a vendu au moins quatre patrouilleurs “Stan Patrol” au garde-côtes libyen en 2012. Ces navires ont été vendus comme équipements civils pour contourner les règles d’exportation d’armes, mais ils ont ensuite été équipés de mitrailleuses et utilisés dans des opérations d’interception de bateaux de migrants en Méditerranée.31

  1. Shield AI : Logiciel pour drone, IA

L’entreprise fait partie de l’écosystème de start-ups militaires financées par la Silicon Valley, aux côtés d’entreprises comme Anduril ou Palantir, qui développent des technologies d’intelligence artificielle et de systèmes autonomes destinés à transformer la conduite des opérations militaire.

En avril 2024, lors d’une démonstration pour la Marine américaine, le drone V-BAT de Shield AI a basculé à l’atterrissage, et les hélices ont partiellement sectionné les doigts d’un militaire. L’enquête de Forbes révèle que des employés avaient déjà signalé des risques de sécurité par le passé, sans que la direction n’agisse efficacement. Cet incident a retardé des contrats, fait dérailler les objectifs financiers de l’entreprise et conduit le cofondateur et PDG Ryan Tseng à démissionner de son poste de directeur général en mai 2025.32 Des erreurs de ciblage ou de reconnaissance dans des environnements complexes pourraient avoir des conséquences graves pour les civils et les forces sur le terrain, ce qui alimente les critiques concernant le déploiement de technologies autonomes dans des situations de combat réel.



Idriss Bouhière (stagiaire à la CNAPD) et Samuel Legros

1 La Libre Belgique, « “Ce sont des gens déconnectés qui manifestent contre ce salon…” : le jour où il faudra se défendre, ce seront les premiers à pleurer », La Libre, 13 mars 2026, en ligne : https://www.lalibre.be/economie/conjoncture/2026/03/13/ce-sont-des-gens-deconnectes-qui-manifestent-contre-ce-salon-le-jour-ou-il-faudra-se-defendre-ce-seront-les-premiers-a-pleurer-42FM7R2XNZGE3K2MEXMZ5YUEIU/

2 Voir : Le Soir Belgique « Une manifestation en marge du Bedex, premier salon de l’armement belge », 13 Mars 2026, en ligne :https://www.lesoir.be/734354/article/2026-03-13/une-manifestation-en-marge-du-bedex-premier-salon-de-larmement-belge

3 Le droit international humanitaire (DIH), ou « droit de la guerre », est un ensemble de règles conventionnelles et coutumières visant à limiter les effets des conflits armés pour des raisons humanitaires.

4Justice For Myanmar, « Airbus busted », Justice For Myanmar, en ligne: https://www.justiceformyanmar.org/stories/airbusted

5 Disclose, « Birmanie : Airbus impliqué dans l’armement de la junte militaire », Disclose, en ligne : https://disclose.ngo/fr/article/birmanie-airbus-implique-dans-larmement-de-lajunte-militaire

6 Amnesty International UK, « Arms companies are washing their hands of their responsibilities – new report », Amnesty International UK, en ligne: https://www.amnesty.org.uk/knowledge-hub/all-resources/arms-companiesare-washing-their-hands-their-responsibilities-new-report/

7 Don’t Bank on the Bomb, « Airbus », Don’t Bank on the Bomb, en ligne: https://www.dontbankonthebomb.com/airbus/

8 Politico, « The Smart Wall: How AI Is Transforming the U.S.-Mexico Border », Politico Magazine, 10 décembre 2021, en ligne :https://www.politico.com/news/magazine/2021/12/10/us-mexicoborder-smart-wall-politics-artificial-intelligence-523918

9 Investing.com, « Anduril secures $3.05 billion valuation in latest fund raise », Investing.com, en ligne : https://www.investing.com/news/stock-market-news/anduril-secures-305-billion-valuation-in-latest-fund-raise-4083710

10 Le soir, « Peter Thiel, l’excentrique libertarien au service de Trump », en ligne : https://www.lesoir.be/638207/article/2024-11-25/peter-thiel-lexcentrique-libertarien-au-service-de-trump

11 Justice For Myanmar, « Bharat Electronics Limited supplying military technology to Myanmar since attempted coup », Justice For Myanmar, en ligne : https://www.justiceformyanmar.org/stories/bharatelectronics-limited-supplying-military-technology-to-myanmar-sinceattempted-coup

12 Oxford Human Rights Hub, « AI Surveillance and Privacy in India: Human Rights in the Age of Technology », Oxford Human Rights Hub, en ligne : https://ohrh.law.ox.ac.uk/ai-surveillance-and-privacy-in-india-human-rights-inthe-age-of-technology/

13 CBC News, « Canadian company pauses shipments to Israeli defence firm after sending GPS antennas », CBC News, en ligne :https://www.cbc.ca/news/politics/canadian-company-pausesshipments-to-israeli-defence-firm-after-sending-gps-antennas-last-weekend-1.7612913

1.7612913

14Observatoire des armements, « [Article] », Observatoire des armements, en ligne : https://www.obsarm.info/spip.php?article674

15 Watson, « Qui se cache derrière le drone kamikaze Oskar en Ukraine », Watson, en ligne :https://www.watson.ch/fr/international/ukraine/237924297-qui-secache-derriere-le-drone-kamikaze-oskar-en-ukraine

16 Landot & associés, « Surveillance d’une frontière… le drone ne sera que rarement persona grata », Blog Landot Avocats, 1 août 2023, en ligne : https://blog.landotavocats.net/2023/08/01/surveillance-dune-frontiere-surtout-en-des-lieux-enpartie-habites-le-drone-ne-sera-que-rarement-persona-grata-sauf-reelleabsence-de-moyens-moins-intrusifs/

17 Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain, « How Gulf countries are acquiring spyware to suppress dissent », ADHRB, 2025, en ligne : https://www.adhrb.org/2025/10/how-gulf-countries-are-acquiringspyware-to-suppress-dissent/

18 SeneNews, « La France aurait fourni au Sénégal les armes de la répression », SeneNews, en ligne :https://www.senenews.com/actualites/streetpresse-lache-une-bombe-lafrance-aurait-fourni-au-senegal-les-armes-de-larepression_351879.html

19 ABC Bourse, « Exail décroche une commande de drones sous-marins pour 40 millions d’euros », ABC Bourse, en ligne :https://www.abcbourse.com/marches/exail-decroche-une-commande-dedrones-sous-marins-pour-40-millions-d-euros_684452

20 Frontex, « Mirror Monitor: Protect – The Power of Digital Twins for EU Border Security », Frontex, en ligne :https://www.frontex.europa.eu/innovation/announcements/mirror-monitorprotect-the-power-of-digital-twins-for-eu-border-security-Jd0VxO

21 Cluster Munition Coalition, Cluster Munition Monitor 2025 – Major Findings, 2025, en ligne : https://themonitor.org/api/assets/reports/Cluster-Munition-Monitors/CMM2025/MajorFindings/CMM2025_MajorFindings_FR.pdf

22 Defense Here, « Hanwha met en avant ses solutions militaires basées sur l’IA au World Defense Show », Defense Here, en ligne :https://defensehere.com/fr/hanwhamet-en-avant-ses-solutions-militaires-basees-sur-lia-au-world-defense-showen-arabie-saoudite/

23 Statewatch, « Frontex: the ongoing failure to implement human rights safeguards », Statewatch, 2022, en ligne :https://www.statewatch.org/analyses/2022/frontex-the-ongoing-failure-toimplement-human-rights-safeguards/

24 ENAAT (European Network Against Arms Trade), EDF Factsheet, novembre 2022, en ligne : https://enaat.org/wp-content/uploads/2022/12/ENAAT_EDF-factsheet_Nov22-FR.pdf

25 Migreurop, « Article 3472 », Migreurop, en ligne : https://migreurop.org/article3472.html

26 Who Profits, « Company profile (ID 3644) », Who Profits, en ligne : https://www.whoprofits.org/companies/company/3644

27 Janes, « Poland confirms thousands of Warmate loitering munitions delivered to Ukraine », Janes, en ligne : https://www.janes.com/osint-insights/defence-news/air/poland-confirms-thousands-of-warmate-loitering-munitions-delivered-to-ukraine

28 ENAAT (European Network Against Arms Trade), EDF Factsheet, novembre 2022, en ligne : https://enaat.org/wp-content/uploads/2022/12/ENAAT_EDF-factsheet_Nov22-FR.pdf

29 The Brussels Times, « Major Dutch shipyard suspected of breaching Russian sanctions », The Brussels Times, en ligne :https://www.brusselstimes.com/belgium/1550384/major-dutch-shipyard-suspected-of-breaching-russian-sanctions et NL Times, « Dutch shipbuilder Damen accused of trading with Russia despite sanctions », NL Times, 6 décembre 2024, en ligne : https://nltimes.nl/2024/12/06/dutch-shipbuilder-damen-accused-trading-russia-despite-sanctions

30 WZ Maritime, « Damen Shipyards prosecuted for bribery and sanction violations », SWZ Maritime, 6 mai 2025, en ligne :https://swzmaritime.nl/news/2025/05/06/damen-shipyards-prosecuted-for-bribery-and-sanction-violations

31 ResearchGate, “The buisness of building wall », Novembre 2019, en ligne :https://www.researchgate.net/publication/341205512_The_Business_of_Building_Walls

32 Forbes, David Jeans, « How a grisly injury threw a $5 Billion Drone Staertup Off Course », may 13 2025, en ligne :https://www.forbes.com/sites/davidjeans/2025/05/13/shield-ai-navy-injury

 

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