Le 17 avril 2026, l’agence de notation Moody’s a annoncé l’abaissement de la note souveraine belge de A1 à A3, privant ainsi la Belgique de son label double A, traditionnellement réservé aux obligations souveraines de haute qualité1. Cette décision s’inscrit dans la continuité d’un mouvement initié par l’agence concurrente Fitch, qui avait elle-même dégradé la note belge de AA- à A+ en juin 20252. Sur le plan concret, un tel abaissement est susceptible d’engendrer une exigence accrue de prime de risque de la part des investisseurs institutionnels, se traduisant mécaniquement par une hausse des taux d’intérêt auxquels la Belgique emprunte sur les marchés internationaux. Cette évolution témoigne d’une érosion de la confiance que ces mêmes marchés accordent à la stabilité financière du pays.
Moody’s motive explicitement sa décision par les perspectives de croissance jugées insuffisantes et par la trajectoire préoccupante de la dette publique belge, dont le poids ne cesse de s’alourdir. L’agence formule son diagnostic sans ambiguïté : « La décision de dégrader la note de la Belgique à A1 reflète notre conviction que le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour stabiliser le poids de la dette. »3 Ce constat n’est guère surprenant au regard des difficultés structurelles que rencontre le gouvernement Arizona depuis son entrée en fonction. En effet, parvenir à dégager un consensus définitif sur des mesures de redressement budgétaire, qu’il s’agisse d’ajustements structurels ou de politiques d’austérité, s’est révélé un exercice particulièrement laborieux, révélateur des profondes tensions au sein de la coalition.4
Pourtant, le gouvernement Arizona s’est fixé un objectif d’assainissement budgétaire de 23,3 milliards d’euros, répartis entre fin 2025 et la fin de la législature en 2029. Un tel effort aurait pu contribuer à redorer l’image d’une Belgique soucieuse de rétablir l’état de ses finances publiques. Or, ce chiffre n’est que l’ombre d’un autre, sur la même période, l’augmentation des budgets militaires est programmée à hauteur de 28,35 milliards d’euros, soit une enveloppe supérieure de plus de cinq milliards à l’effort d’assainissement.5
Ce choix de priorisation budgétaire appelle une interrogation fondamentale sur les arbitrages politiques à l’œuvre. L’escalade des dépenses militaires ne saurait être présentée comme une fatalité ou une réponse inéluctable aux impératifs géopolitiques du moment, comme le gouvernement entends le justifier. Ces milliards investis dans l’armement constituent autant de ressources soustraites à des politiques sociales, environnementales et éducatives dont les besoins sont pourtant criants. Le réarmement massif, loin de garantir la sécurité humaine des populations, produit au contraire une dynamique d’escalade susceptible d’accroître l’instabilité régionale et internationale.
La Belgique se trouve ainsi dans la situation paradoxale de sacrifier sa crédibilité financière ici et à l’international au profit d’engagements militaires dont les effets stabilisateurs, restent, au mieux, incertains. En optant pour une augmentation des dépenses militaires supérieure à son effort d’assainissement des finances publiques, le gouvernement envoie un signal contradictoire aux marchés financiers, tout en délégitimant les politiques d’austérité imposées aux ménages et aux services publics. Cette contradiction structurelle illustre, de manière saisissante, l’impasse dans laquelle conduit une logique sécuritaire déconnectée des réalités économiques et sociales du pays.
En définitive, la dégradation de la note souveraine belge ne constitue pas seulement un signal d’alarme financier, elle révèle les contradictions profondes d’un modèle de gouvernance, qui, sous couvert d’impératifs de défense collective, fait le choix délibéré de compromettre l’équilibre budgétaire et la cohésion sociale. Une véritable politique de sécurité doit prioritairement investir dans la réduction des inégalités, la diplomatie préventive et la transition écologique, autant de leviers qui, à terme, contribuent bien plus efficacement à la stabilité et à la paix que l’accumulation de capacités militaires.
- Dominique Berns et Bernard Demonty, « Moody’s prive la Belgique de son « double A » », Le Soir, 17 avril 2026. Disponible sur : https://www.lesoir.be/741517/article/2026-04-17/moodys-prive-la-belgique-de-son-double [consulté le 20 avril 2026].
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Ibid
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Rédaction avec Belga, « Moody’s dégrade la note financière de la Belgique et la prive de son « double A » », RTBF, 17 avril 2026. Disponible sur : https://www.rtbf.be/article/moody-s-degrade-la-note-financiere-de-la-belgique-et-la-prive-de-son-double-a-11711602 [consulté le 20 avril 2026].
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Ibid.
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CNAPD, Samuel Legros (avec la collaboration de Sarah Rousseau, Yasemin Kara et Idriss Bouhière), « Arizona : débauche de moyens pour l’armée, austérité sur tout le reste ».