Contre la Traite des êtres humains ! Être libres ensemble – 30.07

30 juillet : journée mondiale.

Contre la Traite des êtres humains ! Être libres ensemble.

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A priori, c’est évident, toute morale s’oppose à la traite des personnes humaines. Toutes les personnes humaines. Pas de relativisme. L’histoire documente pourtant que des individus et des institutions l’ont parfois organisée, parfois couverte. Les intérêts et les bénéfices triviaux ont alors impérieusement foulé la dignité et les droits d’autres personnes dominées. Et les rapports de force peuvent parfois, par lassitude ou habitude, devenir une norme tolérée… L’horreur n’est alors pas l’exception, le fait d’un individu hors norme, elle glisse et devient structurelle, voire systémique. Elle peut s’installer dans nos institutions, ou celles de nos partenaires. Et nous rendre complices si on n’y veille.

La Traite des êtres humains est une violation grave des droits fondamentaux, impliquant l’exploitation de personnes à des fins de travail forcé, d’exploitation sexuelle, de servitude domestique ou d’autres formes d’abus. La Traite des êtres humains prend aujourd’hui des formes larvées. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), environ 50 millions de personnes vivaient dans des conditions de travail forcé ou de mariage forcé en 2021. Les filles et les femmes représentent la très grande part des victimes, peut-être les deux tiers. La cause ? L’exploitation sexuelle par les hommes qui en font des proies et une marchandise. Nombreux, sans doute un quart des victimes, sont des enfants, pour le service domestique ou sexuel, ou comme petites mains de trafiquants commanditaires. Des réseaux criminels, qui franchissent les frontières et développent une économie parallèle qui pèserait 150 milliards de dollars, les exploitent aisément et les forcent à des activités illégales. Les personnes qui migrent y sont très exposées, comme celles qui sont exposées à la guerre.

Et puis, lorsqu’on brade les standards sociaux, lorsque les droits humains sont bafoués au profit d’exigences débridées de l’offre et de la demande, on ouvre la porte de l’abus, du trafic. Dans ce cas, la libéralisation du travail, sa mercantilisation,c’est la déréglementation, c’est souvent au détriment des plus faibles, des plus précaires. La « liberté » du puissant qui emploie est alors l’esclavage des petites gens qui travaillent.

Bref, il ne s’agit pas que d’histoire ancienne. Cette horreur est réalité complexe contemporaine. Et cette réalité entretient parfois des rapports plus ou moins étroits avec des avantages qui nous concernent. Exemples ? L’esclavage si longtemps permis dans ces contrées façonnées de valeurs chrétiennes de dignité. Ou la ferveur d’une coupe du monde permise grâce au travail de travailleur.euse.s opprimés.

Donc, ici, là et partout, pensons à lutter contre ces violations qui font quotidiennement des victimes. Ces atteintes directesà des personnes menacent d’ailleurs notre sécurité collective fondée sur les règles de droit. Son application est incomplète, le paradigme de la contractualisation de tout l’affaiblit. Il est indispensable de se rappeler que pour exister, le droit doit être invoqué, partagé, respecté, et utilisé. « Je suis libre, non pas quand l’autre ne l’est pas mais bien quand l’autre l’est aussi », écrivait Elie Wiesel. Nous sommes garant.e.s de l’application des règles de droit qui permettent l’émancipation aux dominations.

Des pistes de travail existent. L’instrument propice est le Protocole de Palerme, signé en 2000. Le Haut-Commissariat pour les Droits humains de l’ONU a confié son application à une Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains1, en particulier les femmes et les enfants, en 2020. Ce travail observe les principales difficultés que rencontrent les acteur.ice.s de la lutte. La suspicion à l’égard des victimes et les difficultés qu’elles rencontrent à faire valoir leurs droits sont des écueils majeurs. Elles sont le résultat de nos représentations, souvent teintées de préjugés racistes.

Approfondir et suivre ? Par exemple avec ce collectif : https://www.contrelatraite.org/la-traite





Cultiver la paix ? Contre la domination, des mémoires complexes.

Quand « Nous » organisions la traite crapuleuse des esclaves.

Pendant 4 siècles, des Européens ont organisé le commerce profitable d’êtres humains, depuis l’Afrique vers les plantations d’Amérique. 12 millions de personnes sont arrachées à leurs proches et leurs lieux de vie pour être exploitées comme main d’œuvre dans les colonies. 

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Dès le début de la violente conquête du continent américain, les empires coloniaux entreprennent d’exploiter les territoires et les peuples autochtones. Les populations amérindiennes esclavagisées sont décimées rapidement par la guerre coloniale, l’accaparement des terres, le travail forcé, la malnutrition et les maladies importées. Les objectifs de production et de profit exigés par les colonisateurs ne sont très vite plus satisfaits.

Les métropoles impériales organisent alors la collaboration entre les royaumes européens et des compagnies privées. Ilsélaborent un système commercial de type mercantiliste qui répond froidement à cette demande lucrative de main d’œuvre bon marché : on l’appelait « la traite négrière. » Ce commerce transatlantique d’êtres humains fonctionne de façon triangulaire, en trois étapes et dans trois espaces continentaux : 

Un. Capturer des êtres humains sur le continent africain, ou les acheter à des esclavagistes est-africains, ou encore les troquer contre des produits manufacturés en Europe.   

Deux. Les déporter par « bateaux négriers » pour les vendre sur les marchés d’esclaves des côtes américaines où sont créés des besoins en main d’œuvre notamment pour l’agriculture du tabac, du sucre et du coton. 

Trois. Retourner enfin vers l’Europe chargés des produits des colonies, minerais précieux et produits finis pour les y vendre à fort profit. 

Les nombreuses résistances des personnes déportées sont réprimées de façon extrêmement violente. On pense par exemple à cette première révolte à Haïti en 1519, le fruit d’une alliance entre opprimés, les peuples autochtones et lesesclaves déportés.

Si on recense dès le 16ième siècle des oppositions européennes au commerce des êtres humains, au nom de valeurs humanistes, ces quelques voix critiques sont marginalisées, surtout au 17ième siècle, par les intérêts puissants à développer la traite occidentale. Ces intérêts ont donc construit et développé une vision raciste du monde qui sert à légitimer des pratiques d’exploitation des femmes, des hommes, des enfants. Cette idéologie suprémaciste a largement été appuyée par le silence ou la collaboration des autorités morales de l’Église. Ces prétentions dominatrices du monde, utiles au développement du capitalisme marchand européen, ont été largement diffusées et pérennisées dans les sociétés européennes. Normalisées, elles ont progressivement été intériorisées collectivement.

Les historiens estiment qu’au moins 12 millions de personnes sont décédées de cette traite européenne organisée par des États de « la Chrétienté ». En pillant les vies humaines, les esclavagistes européens sont responsables de l’effondrement d’autres organisations sociales. En déportant les jeunes femmes, ils sont aussi coupables d’avoir entravé la reproduction de ces populations. La Traite ne sera interdite qu’au 19ième siècle.

Jusqu’à aujourd’hui, des familles et des groupes financiers ont capitalisé des fortunes au départ des bénéfices accumulés par ce trafic d’êtres humains demeuré longtemps légal. Pouvons-nous aujourd’hui seulement imaginer le nombre de victimes concernées par cet épisode structurant de l’histoire du capitalisme globalisé ? Quelles mémoires sélectionnons-nous, pour quels objectifs ? Cultiver la paix, c’est aussi cultiver les mémoires critiques et explorer la complexité historique qu’elles convoquent. Heureusement. Heureusement pour autant qu’on veuille les entendre…


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