Voilà 5 ans que la Belgique a annoncé sa participation à l’intervention militaire de l’OTAN en Libye. Une opération militaire qui a précipité le pays dans le chaos que nous connaissons aujourd’hui et contre lequel… on prépare une nouvelle intervention militaire.

C’est en effet avéré : les États-Unis, l’Angleterre et la France ont envoyé des forces spéciales sur le territoire libyen afin de préparer le terrain à une nouvelle intervention aérienne et maritime. Celle-ci serait imminente et conditionnée à la demande officielle d’un gouvernement d’union nationale libyen.

Or, l’ « accord de Skhirat » du 19 janvier dernier a permis, sous l’égide des Nations Unies, la désignation d’un gouvernement d’ « unité nationale » dont, selon les termes de l’accord, la légitimité politique devait nécessairement être vérifiée par un vote du Parlement de Tobrouk – l’un des deux parlements libyens concurrents et le seul reconnu par « la communauté internationale ». Le quorum de présence des députés n’a pas été atteint les deux fois où le vote avait été organisé. A la troisième tentative, le 29 février dernier, 104 députés sur 200 étaient présents et 89 se sont exprimés contre l’installation du gouvernement d’unité nationale. Cette opposition est évidemment encore plus prégnante au sein de l’autre parlement libyen et du gouvernement qui en émane.

Faisant fi de la condition posée dans les termes de l’accord de Skhirat, ce gouvernement d’unité nationale vient pourtant d’annoncer son entrée en fonction, ce dimanche 13 mars, en demandant à toutes les autres institutions libyennes de « prendre contact immédiatement avec le gouvernement d’union afin de mettre en place les modalités de passation des pouvoirs de manière pacifique et organisée ». Peu de cas ont été fait chez nous de ce passage en force. Pourtant ce « Conseil présidentiel libyen » est, de facto, un troisième gouvernement revendiquant la souveraineté sur toute la Libye. Le seul à ne pas être présent sur le territoire.

Un troisième gouvernement qui dispose en outre du soutien de l’Union européenne et des États-Unis qui, dans un communiqué conjoint publié quelques heures après l’annonce du Conseil présidentiel, rappellent que les « individus dans les deux camps qui sapent le processus politique, l’établissement du Gouvernement d’Unité Nationale et la mise en œuvre de l’accord de Skhirat, s’exposent à des sanctions »[1]. Une ingérence politique dangereuse qui risque de saper définitivement le travail de conciliation des Nations Unies, les efforts de dialogue et de réconciliation nationale libyenne et de précipiter l’intervention militaire occidentale. Une intervention qui détruira nécessairement tout ce qui reste debout depuis l’éclatement de la deuxième guerre civile libyenne.

La CNAPD veut faire écho de tous les appels répétés des pays frontaliers de la Libye, en particulier de la fragile Tunisie, à ne pas se lancer dans une deuxième campagne aérienne tant les conséquences seraient encore plus désastreuses pour toute la région. 


[1] Paris, 13/03/2016 Déclaration sur la Libye 160313_01_fr de la réunion ministérielle France – Allemagne – Italie – Royaume-Uni – États-Unis – UE
Naïma Regueras

Naïma Regueras

Présidente de la CNAPD

1 Comment

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      Michel Monod

      Plus les puissances occidentales bombardent, plus il y a de victimes civiles et donc de ressentiment dans la population. Les djihadistes au nom de la religion vengent une population traumatisée et entretiennent le cycle de la violence. Engageons plutôt les moyens non violents de résolution des conflits par le dialogue et la communication non violente

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