Les bombardements en Syrie de ce lundi 15 février dans la région d’Alep dans le nord du pays ont fait au moins 50 victimes civiles parmi lesquelles des enfants. Ont notamment été touchés des hôpitaux, dont un géré par Médecins Sans Frontières, et des écoles. Ce conflit, qui dure maintenant depuis plus de 5 ans, a déjà fait plus de 260.000 morts et poussé des millions de personnes à l’exil.

Des interventions étrangères qui n’arrangent rien

Au fil des mois, la guerre en Syrie a glissé d’un conflit national impliquant des acteurs locaux (armée loyaliste au régime de Bachar al-Assad, rebelles opposés au régime, groupes djihadistes, forces armées kurdes…) vers un conflit international. Si la lecture de celui-ci était déjà compliquée au début, le positionnement de la communauté internationale depuis 2014 (Russie et Etats-Unis  mais aussi la Turquie, la France, l’Iran, l’Arabie Saoudite…) sur le conflit syrien n’a en rien simplifié la situation. De plus, il n’a pour l’heure ni contribué à trouver une solution politique au conflit ni réussi à limiter le nombre de victimes et d’exilés. Bien au contraire. On imagine difficilement comment cela aurait pu être différent : la stratégie des puissances régionales et internationales consistant jusqu’à maintenant à armer, entraîner et financer les différentes parties du conflit.

Des espoirs de trêve qui s’éloignent

La raison est certainement que les intérêts géopolitiques et économiques des différents acteurs impliqués se confrontent dans ce qui devient un jeu d’échec à taille humaine. Déclarant vouloir combattre Daesh, pointé par certains comme étant le seul responsable de l’instabilité en Syrie, ils justifient ainsi leur intervention dans le pays. Si la Russie a jusqu’ici soutenu le régime actuel, les Etats-Unis et l’Europe ne semblent pas envisager de solutions de sortie de crise qui maintiendraient Bachar al-Assad au pouvoir. Ce dernier ne semble de toute façon pas prêt à céder sa place, lui qui déclarait encore la semaine passée qu’il était déterminé à reprendre le contrôle de toute la Syrie sans faire de distinction entre l’opposition modérée et les groupes djihadistes violents. Les bombardements de ce début de semaine en sont d’ailleurs la preuve : le régime de Damas, soutenu par la Russie et son arsenal militaire, souhaite reprendre le contrôle de la ville d’Alep, bastion de l’opposition au régime. Dans ce contexte, le pacte conclu entre Moscou et Washington (sans qu’aucun représentant syrien ne soit présent) à Munich le 12 février en faveur d’un arrêt des hostilités entre les troupes gouvernementales et les rebelles endéans la fin de cette semaine semble tout à fait irréaliste. Dernière escalade inquiétante dans ce terrain de jeu macabre des grandes puissances, les bombardements turcs en Syrie contre des forces kurdes fait craindre un embrasement régional.

Une crise humanitaire majeure

Mais ce qui se joue derrière ce sont surtout les vies de milliers d’innocents. Aujourd’hui le peuple syrien est condamné à vivre dans des conditions inhumaines. Dans les villes assiégées, l’accès à la nourriture ou aux soins est quasiment impossible. Rien que les bombardements de cette semaine auront privé de soins plus de 40.000 personnes suite à la destruction d’un hôpital soutenu par Médecins Sans Frontière, rapporte un représentant de l’association. On ne peut d’ailleurs que condamner fermement ce type d’actes qui constituent une violation flagrante du droit international humanitaire ! La présidente de MSF Belgique déclarait cette semaine que 30 à 40% des victimes du conflit sont des femmes et des enfants, la guerre en Syrie est donc loin d’être un conflit entre militaires. Et pour ceux qui ont réussi à rejoindre les camps de réfugiés proches de la frontière turque, la situation socio-sanitaire est tout aussi catastrophique.

Ne nous voilons pas la face : les grandes puissances de ce monde continuent, par leurs interventions militaires et leurs antagonismes, à alimenter ce conflit. Il est plus que temps qu’ils collaborent afin de mettre en place un régime de transition et permettre le rétablissement d’un réel processus démocratique. Cela ne pourra pas se faire sans mettre autour de la même table les acteurs nationaux du conflit. Au fond, étant donné le drame humanitaire qui se déroule sous nos yeux, nos Etats ont aussi la responsabilité d’accueillir les migrants impactés par ce conflit qui, au prix d’un périple extrêmement dangereux, ne font que fuir la violence et l’insécurité, que nos Etats, via leurs interventions militaires, contribuent à alimenter.

Naïma Regueras

Naïma Regueras

Présidente de la CNAPD

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