Trois mois déjà que la Belgique vit dans « l’après 13 novembre ». Trois mois que la presse nous rapporte tous les jours les derniers rebondissements liés à cette tragédie. Dans une certaine mesure, c’est une bonne chose : nous ne devons pas oublier. D’autre part, cela participe également à la création d’un climat particulièrement anxiogène. Mais, concrètement, qu’avons-nous fait depuis ? On entend partout, et en particulier dans la bouche de nos politiciens, que nous devons lutter contre le terrorisme et contre la radicalisation violente. Mais quelles réponses ont-ils apportées jusqu’ici à ce défi d’une ampleur colossale ?

Au lendemain des attentats de Paris, notre Premier Ministre annonçait que le Gouvernement fédéral dégagerait de son budget 2016 la somme de 400 millions d’euros pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation. Dans quel but ? Mettre en place une série de mesures telles que le déploiement de militaires dans les rues, le renforcement des contrôles aux frontières, l’extension de la garde à vue à 72h, la privation de liberté (la prison, en d’autres mots) pour toutes les personnes parties combattre en Syrie ou en Irak et revenant en Belgique, entre autres raisons. Ce paquet de mesures s’ajoute à d’autres déjà prises dans le courant de l’année 2015 telles que la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour des actes terroristes ou la confiscation des papiers d’identité des candidats au djihad.

Il s’agit d’une réponse purement sécuritaire à un problème de société bien plus profond. Car le véritable enjeu est de comprendre ce qui a poussé ces jeunes à se radicaliser, à vouloir partir se battre là-bas et parfois revenir semer la terreur ici. Il serait vain de chercher le profil type du « parfait petit candidat au djihad », le danger étant qu’on ne fasse que stigmatiser davantage l’autre. C’est à la racine que nous devons couper l’arbre, au lieu de se contenter d’élaguer les branches et les fruits pourris. Il faut chercher à comprendre comment notre société, prônant pourtant la justice et l’égalité des chances, a pu produire des jeunes capables de se retourner contre leurs propres concitoyens. Car c’est bien là aussi que se trouve sans doute le point commun entre tous ces jeunes : un sentiment d’exclusion, d’injustice, l’impression de ne pas avoir d’avenir ici…

Le véritable défi est donc ailleurs, et si nous devons certes nous battre contre le terrorisme et la radicalisation violente, nous devons lutter contre la source du problème et non seulement contre les conséquences. Nous devons travailler à la création d’une société plus juste, plus équitable et dans laquelle chacun trouve sa place. C’est là une tâche ardue et constante, comme celle du Sisyphe. Cela passe par la sauvegarde de tout ce qui dans notre société crée du lien et de la solidarité : l’accès à la culture et à la diversité, l’accès à la protection sociale, aux droits civiques et à l’emploi mais avant tout l’accès à l’éducation.

Car c’est bien là que tout commence, à l’école, le premier lieu de notre socialisation. En garantissant une éducation de qualité, nous donnerons aux jeunes les clés pour devenir des adultes capables de comprendre les enjeux du monde qui les entoure en leur permettant de les analyser autrement que de manière binaire. Mais une éducation de qualité ce n’est pas seulement de pouvoir apprendre les maths, les sciences, les langues… C’est aussi de pouvoir rencontrer les autres, grandir avec eux et apprendre d’eux. Et malheureusement aujourd’hui de nombreuses écoles, lycées, athénées passent à côté de cette occasion, que ce soit par faute de moyens ou par crainte que la mixité sociale ne vienne mettre en danger la qualité de l’enseignement.

Cher Monsieur le Premier Ministre, nous savons que ceci sort du champ de vos compétences, mais vous devriez faire passer le message à vos collègues. À quand un véritable refinancement de l’enseignement couplé de mesures sérieuses ? Car même si cela n’est pas de votre ressort, il est par contre de votre devoir de donner la possibilité à chaque citoyen de trouver une place dans notre société.

Naïma Regueras

Naïma Regueras

Présidente de la CNAPD

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