Quelques jours avant le 22 paraissaient dans la presse belge et étrangère nombre d’articles sur l’eau et ses différentes problématiques. Parmi ceux-ci, la crainte de l’ONU de voir arriver une pénurie d’eau pour 2030. Mais quid des politiques à mettre en place en la matière?

Le 22 mars dernier, comme tous les 22 mars depuis 22 ans, avait lieu la journée internationale de l’eau. Depuis 22 ans, évidemment, de l’eau a coulé sous les ponts. Mais elle coule de moins en moins. Ainsi, dans moins de 22 ans – 15  exactement –, « le monde devra faire face à un déficit hydrique global de 40% ».

Le message du Secrétaire général des Nations Unies à l’occasion de cette journée est sans ambiguïté : « L’apparition des changements climatiques, l’accroissement de la demande émanant de l’agriculture, des industries et des villes pour une ressource non renouvelable (…) précipitent une crise de l’eau qui ne pourra être jugulée que grâce à l’établissement d’une planification et de politiques globales et transversales aux niveaux international, régional et mondial ».

Or, de planification il n’est absolument pas question aujourd’hui. Ni même de la création d’une agence internationale qui en établirait les lignes conductrices. Pourtant, il y a 23 ans de cela, la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui créait la journée du 22 mars soulignait les implications de la situation de l’eau sur les relations internationales. D’après cette Résolution, la coopération entre États pourrait éviter que la raréfaction de l’eau ne se transforme en motif de tensions ou de conflits[1].

Selon certains auteurs, en effet, près de 2/3 de l’humanité consomme de l’eau qui provient de sources partagées par plusieurs États. Avec plus de 270 cours d’eau internationaux, une centaine de lacs et environ 400 aquifères partagés par deux ou plusieurs États, l’arbitrage par le droit international se révèle particulièrement crucial dans ce domaine. Les tensions et les risques de conflits autour de l’eau sont nombreux dans toutes les régions du monde. Ceux-ci peuvent avoir trait à la délimitation frontalière, à la conduite de projets de construction de barrage et de détournement des eaux, à des problèmes de pollution ou encore à des investissements privés relatifs à la fourniture de services dans le domaine de l’eau. Quand on sait l’évolution de la présence d’eau dans le monde, le 21e siècle sera-t-il celui des guerres pour l’eau ou l’eau sera-t-elle, au contraire, source de coopération et de renforcement du droit international ?

Un auteur a recensé 1800 événements qui ont opposé deux États autour de bassins internationaux au cours de ces 50 dernières années. Les deux tiers de ces événements ont été réglés dans une logique de coopération. L’autre tiers a engendré un conflit armé ou une situation de conflit gelé. Or, si la logique coopérative entre un ou plusieurs États prévaut aujourd’hui, il n’existe actuellement aucune loi internationale qui permettrait d’ériger cette coopération en principe contraignant. Les États peuvent donc décider de régler autrement, y compris par des moyens armés, leurs conflits d’intérêts.

Il y a bien, pourtant, deux résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies qui pourraient être rendues obligatoires pour les États si un nombre suffisant d’entre eux les ratifiaient. Il s’agit de :

1. La Résolution de 1997, sur « l’utilisation des cours d’eau à des fins autres que la navigation », votée par l’Assemblée générale après 27 ans de travaux.

2. La Résolution de 2008 sur « le droit des aquifères transfrontières ». Cette résolution provient d’une lacune constatée par l’Assemblée générale des Nations Unies : aucun texte juridique ne vient réglementer l’usage des eaux souterraines alors qu’elles représentent 97% de l’eau douce consommable au niveau mondial.

Toutes deux réservent l’obligation pour les États de coopérer entre eux « de manière équitable, intègre et de bonne foi ». Une obligation logique et minimaliste au regard de l’unanime inquiétude de la communauté internationale pour l’état de l’eau dans le monde ? Apparemment pas : malgré les 27 ans de travaux préparatoires, la première résolution n’a été ratifiée que par 17 États[2] sur les 195 que comptent les Nations Unies. La deuxième résolution, faute d’accord, n’a pas été soumise au vote de l’Assemblée générale, l’étape qui précède la ratification par les États. A sa session de 2014, l’Assemblée générale s’est limitée à proposer aux États que ce texte puisse servir dans leur relation et leur collaboration et annonce que la résolution sera soumise au vote, sauf évolution contraire, en 2019.

Le 22 mars depuis 22 ans, on organise la sensibilisation. L’accent est toujours le même mais le vocabulaire se fait de plus en plus pressant. La « communauté internationale » est bien au courant des risques qui entourent la gestion des bassins d’eau douce, mais elle traîne décidément à joindre le geste à la parole. La crise de l’eau, elle, continue de nous rappeler avec toujours plus d’emphase les contradictions de la politique internationale particulièrement à un moment où se multiplient les « guerres contre le terrorisme ».

Les États du monde s’étaient pourtant accordés autour du fait que si l’on veut réellement lutter contre la violence et l’instabilité, il faut lutter contre ce qui les rend possibles : la pauvreté, les maladies infectieuses et le dérèglement climatique. Autant de phénomènes intrinsèquement liés à notre consommation d’eau…

Quelques articles de la presse belge sur la crainte de l’ONU quant à une pénurie d’eau parus pour la journée internationales de l’eau:

– RTBF
Le Vif
La Libre
Le Soir


[1] «La rareté généralisée des ressources en eau douce, leur destruction progressive et leur pollution croissante que l’on constate dans de nombreuses régions du monde, ainsi que l’intrusion graduelle d’activités incompatibles, exigent une intégration de la planification et de la gestion des ressources en eau. Cette opération doit couvrir toutes les étendues d’eau douce interdépendantes, notamment les eaux de surface et les eaux souterraines, et tenir dûment compte des aspects quantitatifs et qualitatifs. (…) Les eaux transfrontières et leur exploitation revêtent une grande importance pour les États riverains. Dans ce contexte, il serait peut- être souhaitable qu’une coopération s’instaure entre ces États, conformément aux accords en vigueur et/ou à d’autres arrangements applicables, compte tenu des intérêts de tous les États riverains concernés».
[2] Ces pays sont : Afrique du Sud, Allemagne, Côte d’Ivoire, Finlande, Hongrie, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Luxembourg, Namibie, Norvège, Ouzbékistan, Paraguay, Pays Bas, Portugal, Qatar, Suède, Syrie, Tunisie, Venezuela, Yémen.

Samuel Legros

Samuel Legros

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