Voilà un peu plus de deux semaines maintenant que nous croisons quotidiennement des militaires dans la rue. C’est là la réponse la plus visible de notre gouvernement fédéral aux attentats de Charlie Hebdo et aux tentatives d’attentat déjouées en Belgique. Or, au-delà du coût ahurissant que cela représente (635 000 € déjà) alors qu’on ne cesse de nous répéter qu’il faut faire toujours plus d’économies dans les dépenses publiques, c’est avant tout l’inefficacité, voire la contre-productivité de cette mesure qui doit nous interpeller aujourd’hui.

Inefficace parce qu’il est évident que les militaires dans la rue ne vont pas décourager un potentiel terroriste qui au mieux, n’aura qu’à attendre patiemment qu’on les renvoie dans leurs casernes. La France qui vit sous le régime du plan Vigipirate depuis 20 ans est d’ailleurs exemplative de ce constat d’inefficacité.

Contre-productive parce que si certains citoyens ont pu se sentir un peu plus en sécurité au début, la persistance de leur présence crée une ambiance anxiogène malsaine qui augmente la peur et la tentation du repli sur soi dans la population. Il est donc temps de rappeler le rôle de chacun dans notre pays : l’armée (pour autant qu’elle ait encore une raison d’être) doit protéger nos frontières et peut participer à des missions internationales de type humanitaire (déminage, etc.) sous couvert de l’ONU et les polices fédérales et locales sont en charge de notre sécurité sur notre territoire. La confusion des rôles est mauvaise pour la cohésion sociale et le maintien des repères dans notre société.

Tout aussi populiste est le projet de loi permettant le retrait de la nationalité belge aux binationaux, visant potentiellement des ressortissants de la deuxième ou troisième génération (le gouvernement n’a apparemment pas encore réussi à se mettre d’accord sur cette question), dans des cas de terrorisme et de djihadisme.

Tout d’abord parce qu’encore une fois, ce n’est pas la peur de perdre sa nationalité qui va empêcher une personne de commettre ces faits si elle est déjà à un tel stade de rejet de la société. Deuxièmement, parce que le message que l’on fait à nouveau passer à ces ressortissants, c’est que jamais, ils ne seront considérés comme des citoyens belges à part entière, que jamais nous ne les considérerons comme nos égaux et qu’il existe une justice à deux vitesses dans notre pays fondée sur l’origine ethnique. Désastreux et à nouveau contre-productif évidemment car c’est encore une fois la cohésion sociale qui est mise à mal.

Troisièmement, et on a souvent tendance à l’oublier dans les débats, c’est d’une lâcheté et d’une irresponsabilité sans nom que de laisser un autre pays gérer les conséquences de notre incapacité à créer les conditions d’une société incluante à laquelle tout citoyen se sent intégré, lié et redevable. C’est faire preuve d’un incroyable mépris que de penser que ces pays qui n’ont pas vu naitre, grandir et vivre ces individus, bien qu’ils soient, par les effets du droit, leurs ressortissants également, devraient subitement porter seuls le poids de nos échecs. Nous n’accepterions que très difficilement que l’inverse soit vrai.

La lutte contre l’extrémisme et le radicalisme est évidemment beaucoup plus subtile que la réponse simpliste et musclée de notre gouvernement fédéral. Il est urgent aujourd’hui de travailler sur les racines du problème, sur la désespérance sociale et le besoin de reconnaissance pour tous. Là est la vraie bataille au quotidien, là doivent être alloués les moyens qui ont été dégagés pour avoir l’armée dans nos rues.

Cela commence par annuler toutes les mesures économiques et sociales prises par l’ancien et le nouveau gouvernement et qui ont pour effet l’exclusion (à titre d’exemple, ce sont près de 20 000 personnes qui ont perdu leurs droits aux allocations de chômage depuis janvier). Ensuite, il importe de soutenir les secteurs associatifs et culturels qui font un travail remarquable mais rarement valorisé. Nous devons les faire vivre. Et nous savons où trouver l’argent pour ce faire puisque ce sont des milliards qui ont échappé à nos impôts « grâce » à la fraude fiscale. (Voilà d’ailleurs qui démontre à nouveau l’indignation sélective de notre gouvernement qui a paru particulièrement embarrassé des révélations luxleaks et swiss leaks.)

Des réponses, nous en donnons aussi ce mois-ci dans notre newsletter avec le projet Citoyen du web, la campagne contre l’achat de F35 (là aussi, il y a de l’argent à aller rechercher) et la formation NO HATE.

Bonne lecture !

Guillaume Defossé

Guillaume Defossé

Guillaume Defossé est vice-président de la CNAPD. Il en fut président de janvier 2014 à décembre 2015. Il fut également co-fondateur, secrétaire général, puis président de Génération Palestine Belgique et membre du bureau d'Ecolo J. Il est persuadé qu'une société en paix ne peut exister que dans la justice, l'égalité et la participation de tous au projet commun. Ce sont les raisons de son engagement.

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